Spiritualité


Une vie de prière nourrie par l'Eucharistie


Prendre des moments de repos spirituel

De plus en plus de chrétiens cherchent un temps plus important d’approfondissement et de repos spirituel.  En tant que chrétiens nous avons besoin de ce ressourcement. Il faut nous laisser fortifier en Dieu (ad intra) pour être envoyé par Lui (ad extra). La retraite au Cénacle fait référence aux événements de Pentecôte. Sur ordre de leur Maître, après l’Ascension, les Apôtres retournèrent à Jérusalem, au Cénacle « »Jean baptise dans l’eau, mais vous, dans quelques jours, vous serez baptisés par l’Esprit Saint  » (Ac. 1, 4-5).

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L’Esprit Saint descendit sur eux et fit de ces hommes anxieux et incertains des témoins audacieux du Christ. Ce don de l’Esprit n’est pas un événement du passé. L’Esprit renouvelle constamment  les hommes, les groupes, les communautés et l’Eglise. Cette halte peut prendre plusieurs formes, allant d’une session de formation spirituelle jusqu’à vivre un temps de silence de plusieurs jours –accompagné ou non – afin de poser courageusement la question: « Est-ce que je vis réellement ce que Dieu me demande de vivre? » Cette question est primordiale: notre joie, notre bonheur en dépendent. Bien sûr, cela demande un discernement.

Parfois, cela implique un changement radical pour notre vie. Mais, nous pouvons être sûrs que, même si Dieu nous demande des choses difficiles, jamais Il ne demande des choses impossibles, ni de prendre des décisions qui iraient à l’encontre de nos devoirs d’état, par exemple par rapport à la famille.

Dans sa finalité, la démarche nous invite à donner une réponse à cette question: « Qui est Jésus Christ réellement pour moi? Est-Il le Chemin, la Vérité et la Vie? ». De notre réponse dépendra l’orientation que nous espérons donner à notre vie et à nos engagements.

Se nourrir de l’eucharistie

Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, nous vivons un moment privilégié. Nous offrons toute notre vie à Dieu, avec ses joies et ses peines. A chaque fois, nous sommes nourris d’une nourriture divine afin d’être capables de devenir sel de la terre, lumière du monde.

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Au cours de l’Eucharistie, nous ouvrons notre cœur à tout ce que Dieu veut nous dire et nous donner. Nous ouvrons notre oreille et notre bouche à Dieu : Il nous donne sa Parole ainsi que le Corps et le Sang de son Fils.  A l’Offertoire, nous déposons près de l’hostie et du calice toutes nos capacités d’aimer et toutes nos pauvretés d’amour. Le Christ les prend avec Lui et les porte au Père. Nous devenons ainsi toujours plus semblables au Christ.

Après l’Eucharistie, notre tâche est loin d’être achevée.  Nous devons tout transposer dans notre vie quotidienne. C’est bien cela que le prêtre nous dit à la fin de la célébration, lors de l’envoi « Allez tous dans la paix du Christ « . Oui, c’est la fin de la Messe, mais c’est aussi le début de notre mission.

Une grande union à Jésus et Marie, dans la tendresse du Père


« Une vraie dévotion à Marie, n’obtient son développement
que si elle comporte le souci apostolique. »
Frank Duff

Pour revivre aujourd’hui cette expérience pentecostale, nous devons nous interroger sur la signification et les conséquences, dans le concret de notre vie chrétienne, de cette union entre l’Esprit Saint et Marie. Il nous faut redécouvrir à quelle profondeur le Christ est le fruit de ce mutuel amour pour comprendre que cette ‘ union merveilleuse’ scelle la nouvelle et éternelle Alliance entre Dieu et les hommes, et que cela a des répercussions vitales dans notre vie de foi.

Marie tournée vers Dieu, nous entraîne avec elle.

« L’Esprit Saint viendra sur toi et la vertu du Très Haut te couvrira de son ombre … »

L’ampleur de l’ambassade de l’ange n’était pas restreinte à la seule naissance de Jésus, mais sa magnificence est à la mesure des siècles. Et Marie l’a si bien compris qu’elle a pu chanter: “Voici que désormais toutes les générations me diront bienheureuse.« 

Mieux que Saint Paul et tous les autres saints, Marie a pu dire « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi« . Toute sa médiation tendra donc à faire de nous d’autres ‘Christ’, à modeler en nous, trait par trait, l’image de Jésus. Par tout son être, elle est « Mère de Jésus », maternité opérante en nous.

Par toutes les fibres de son corps et de son âme, elle est le fiat mihi secundum verbum tuum que ses lèvres prononcent. Elle ne veut qu’être disponibilité à l’Esprit Saint, acquiescement à sa volonté et correspondance totale à son œuvre. Ce n’est pas elle qui prend l’initiative, c’est Dieu qui la soulève vers Lui, c’est Dieu qui lui donne la grâce de ce don complet d’elle-même.

Marie est et reste tournée vers l’Esprit : c’est l’attitude foncière de son âme. Et c’est en lui qu’elle nous voit, en lui qu’elle nous aime. Marie va aux hommes en Dieu, sans détourner un seul instant de lui ses yeux. Elle nous aime d’un amour qui va au plus intime, une maternité qui nous nourrit goutte à goutte jusqu’à la pleine croissance!

Mais regardant Marie, tournée vers Dieu dans l’adhésion unique de son fiat, il reste encore un mystère à découvrir. Ce n’est pas à titre individuel qu’elle a répondu.. Dans son Amen résonnent tous les amen qui de la terre monteront aux cieux. Marie nous entraîne avec elle!

Elle n’est pas « une » réponse, mais « la » réponse humaine à l’amour de Dieu. Et ce sera sa tâche maternelle de nous aider à tout ce qui sera en nous libre correspondance à la grâce divine. Quel appui pour trouver grâce devant le Très-Haut que d’être soulevé vers Lui par celle dont il est dit: « Tu as trouvé grâce ». Abrités en elle, nous ne faiblirons pas sous le poids d’un amour trop grand pour notre petitesse et nous oserons croire à l’impossible.

Si Marie est tout cela, il s’ensuit qu’elle est pour nous aussi voie d’accès au Saint-Esprit.

De ce mystère Saint Louis-Marie de Montfort nous dit: “Quand le Saint-Esprit, son Époux, a trouvé Marie dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment, et autant qu’elle donne place à son Épouse ».

Il en découle que le secret de tout apostolat fructueux consiste às’unir entièrement à elle qui a été si complètement unie à l’Esprit Saint.

Et le père de Montfort poursuit : « C’est un secret de grâcepour faire en peu de temps, avec douceur et facilité, des opérations surnaturelles: se vider de soi-même, se remplir de Dieu…’.« 

Marie, grâce pour l’evangélisation

Être apôtre c’est laisser naître et croître Jésus Christ en nous-mêmes et Le porter à nos frères. Par notre union à Marie, nous prolongeons l’œuvre même de l’Esprit dans l’Église. L’union s’impose donc comme une loi.

Marie précède nos efforts. Lorsque Marie est établie dans une âme, elle lui donne un amour des hommes plus profond, plus hardi.  C’est le propre des mères de pressentir les détresses muettes et inavouées. Elle ne traitera pas les hommes en masse, ni par série.

Elle approche l’autre avec respect. On peut dire que Marie ne traite jamais quelqu’un ni de supérieur à inférieur, ni d’égal à égal. Toujours elle parle d’inférieur à supérieur. Parce que toujours Marie voit Jésus Christ dans chaque âme qui s’approche et qu’elle demeure à jamais dans l’unique attitude de servante du Seigneur.

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L'esprit Saint Soufle vital de l'Église


« Le premier besoin de l’Église
est toujours de vivre la Pentecôte ».
Paul VI.

 La Pentecôte initiale, fondatrice de l’Église

A l’Ascension, au moment de quitter ses apôtres, Jésus leur enjoignit de ne pas s’éloigner de Jérusalem mais d’attendre la promesse du Père « ce que vous avez entendu, dit-Il, de ma bouche : Jean, lui a baptisé avec de l’eau, mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés sous peu de jours ». (Ac. 1, 4-5).

Obéissant à l’injonction du Maître, les apôtres s’en retournèrent à Jérusalem dans la ‘Chambre Haute’, leur lieu habituel de rencontre. Ils y attendirent que la promesse s’accomplisse, persévérant d’un cœur unanime dans la prière, en communion d’attente et d’espérance avec Marie, mère de Jésus.

Les Actes des Apôtres nous racontent comment l’Esprit Saint se manifesta au premier groupe des cent vingt disciples, le jour de la Pentecôte, sous la forme d’un vent violent qui secoua la maison et de langues semblables à du feu qui se partagea sur chacun d’eux.

Cette effusion de l’Esprit marqua la naissance visible de l’Église: elle transforma les apôtres craintifs et tremblants, Pierre le premier, en témoins intrépides du Christ, qui allaient désormais, avec force et puissance, annoncer que Jésus crucifié était ressuscité et vivant, et l’attester par des signes et des prodiges, jusqu’au martyre inclusivement.

La Pentecôte reste d’actualité

Mais l’effusion de l’Esprit n’est pas un fait révolu du passé : la Pentecôte, comme expérience transformante par la vertu de l’Esprit Saint, se poursuit dans l’Église. Les Actes des Apôtres signalent déjà d’autres expériences où la présence de l’Esprit éclate et provoque des conversions, des guérisons, des orientations pastorales nouvelles.

Hier, Jean XXIII, annonçant le Concile, n’a pas craint d’en appeler à une inspiration spéciale de l’Esprit Saint et à demander aux évêques de se mettre en prière, avec Marie, et de supplier l’Esprit Saint « de renouveler de nos jours ses merveilles, comme pour une nouvelle Pentecôte ».

Après lui, Paul VI a affirmé : « Le premier besoin de l’Église est toujours de vivre la Pentecôte ». Et de nos jours, Jean-Paul II a répété, à de multiples occasions, que la nouvelle évangélisation doit prendre son élan à partir de la grâce pentecostale.

Nous avons, nous aussi, à nous laisser transformer par l’Esprit, à nous ouvrir à sa grâce et à ses dons. Pour cela, nous devons entrer au cénacle avec Marie et en sortir ensuite pour accomplir, dans le monde aujourd’hui, notre mission d’envoyés du Christ, sachant qu’un chrétien n’est pleinement évangélisé que si, à son tour, il accepte d’être évangélisateur. Le texte ci-après d’origine orthodoxe, illustre magnifiquement combien c’est l’Esprit Saint qui vitalise l’Église  (Métropolite Ignatius de Lattaquïé; Rapport d’Upsal 1968, Conseil œcuménique des Églises, Genève, 1969, p. 297).

Sans l’Esprit Saint,
Dieu est loin,
le Christ reste dans le passé,
l’Évangile est lettre morte,
l’Église une simple organisation,
l’autorité une domination,
la mission une propagande,
le culte une évocation,
et l’agir chrétien une morale d’esclaves.

Mais en lui
le cosmos est soulevé
et gémit dans l’enfantement du Royaume,
le Christ ressuscité est là,
l’Évangile est puissance de vie,
l’Église signifie la communion trinitaire,
l’autorité est un service libérateur,
la mission est une Pentecôte,
la liturgie est mémorial et anticipation,
l’agir humain est déifié.

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L'Église est plus qu’un bâtiment, plus qu’une organisation


Un témoignage du Cardinal Suenens (1905-1996)

Je voudrais d’abord dire que j’aime l’Eglise Catholique parce qu’elle est l’Eglise de mon baptême: je sais gré à mes parents de m’avoir fait baptiser dès le départ de ma vie, traduisant ainsi pour moi l’amour prévenant et premier de Dieu.

Cette Eglise, je l’aime aussi parce qu’elle m’a fait grandir pas à pas, en me révélant Jésus-Christ, dans les pages de l’Evangile et dans la vie de ceux qui m’entouraient. L’Eglise de mon enfance m’a nourri chaque matin de l’Eucharistie dont j’ai découvert peu à peu le sens et l’ampleur.

C’est l’Eglise encore qui m’a fait comprendre, de l’intérieur, le mystère de Marie qui n’a d’autre raison d’être, hier comme aujourd’hui, que de nous conduire à Jésus. Elle m’a aidé à transposer dans ma vie la parole de l’Ange à Joseph: “Ne crains pas de recevoir Marie, ce qui naît en elle est de l’Esprit Saint”.

Puis ce fut pour moi, – toujours au sein de l’Eglise – la progressive découverte et l’expérience du Saint-Esprit. J’ai vécu des ‘hasards’ et des expériences qui m’ont fait toucher du doigt sa présence cachée et agissante.

Et c’est à la lumière de l’Esprit Saint que je dis dans le credo: “je crois à l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.” Cette unité et cette universalité me sont apparues, chemin faisant, comme une unité ‘plurielle’, une unité fondamentale essentielle mais ouverte à la diversité sur de multiples plans.

Et je dis aussi, avec joie, dans mon credo, que ‘je crois à l’Eglise sainte’. J’ai compris très tôt qu’en parlant de ‘notre mère la sainte Eglise’, il s’agissait non de la sainteté des pauvres humains que nous sommes mais de la sainteté de l’Esprit Saint qui l’envahit par sa grâce et les sacrements.

La sainteté, je l’ai touchée du doigt dans la rencontre de personnes de grand format spirituel, connues ou non du public. Elles me révélèrent ce qu’est le christianisme, vécu en profondeur a sainteté tangible de l’Église. Sa sainteté se situe aussi pour moi, non seulement ici-bas, mais aussi dans la communion avec les saints du ciel. Ils me sont très proches.

Je remercie mon Eglise de m’avoir enseigné que la mort est un passage pascal et que le dernier mot de la vie est là. On a dit que “la vie est une phrase dont on ne comprend le sens que lorsque le dernier mot est dit.

Mon credo s’achève par ces mots: je crois en l’Eglise apostolique. Cela aussi est une force et une joie de se savoir en communion avec tous les évêques du monde, qui incarnent cette tradition apostolique, et qui sont les garants de l’authentique tradition apostolique, et qui sont les garants de l’authentique communion eucharistique. Car si l’Eglise fait l’Eucharistie, c’est l’Eucharistie qui fait l’Eglise et qui scelle la communion des évêques entre eux et avec celui qui a la charge de confirmer ses frères dans la foi, comme gardien et garant de leur unité. C’est tout cela qui vit en moi chaque jour à l’autel, lorsqu’après la consécration, je demande à Dieu: “Qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps”.

C’est ma prière œcuménique quotidienne, que je souligne d’un geste en étendant les bras comme pour envelopper tous mes frères. Et c’est avec un sens aigu de ma pauvreté que je dis à Dieu. Je rêve au jour où l’unité apparaîtra dans la visibilité plénière. En attendant, je sais qu’on travaille à l’œcuménisme de diverses façons. Lorsque la glace couvre la mer, il y a place pour l’indispensable travail de théologiens – briseurs de glace – à la recherche de l’eau vive sous-jacente sous  les couches parfois épaisses des formulations qui séparent. Mais il y a place aussi pour des rencontres de chrétiens unissant leur prière pour que l’Esprit Saint fonde les glaces en nous au soleil de sa présence.

Nous avons tous à nous laisser ‘christianiser’ par Jésus-Christ, à nous laisser ‘sanctifier par l’Esprit Saint pour la gloire du Père’. Nous avons encore du chemin à faire, mais il nous faut oser croire au soleil, ici encore, même dans le brouillard ou dans la nuit. Je crois, pour ma part, aux aurores boréales, et je sais que l’aurore commence à minuit.

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L’Église, par la voix de ses pasteurs, nous exhorte aussi à ‘avancer au large’ en mettant nos pas dans ceux des saints, connus et inconnus, qui nous ont précédés, afin que, poussés par l’Esprit, nous ayons le courage de proposer la foi de façon explicite auprès de celles et ceux qui sont en attente et cherchent un sens à leur vie. Il s’agit d’annoncer le Christ comme le Chemin, la Vérité et la Vie.

Mais, notre vie chrétienne sera-t-elle plénière et authentique sans un amour privilégié des plus pauvres et un engagement en solidarité avec eux pour la paix et la justice, conditions d’un développement équitable et durable de l’humanité ? De plus notre foi nous aide à nous découvrir pauvres parmi les pauvres, comme Jésus qui s’est identifié à eux (cfr Mt 25, 34 – 40).

Dans cette optique, l’Association FIAT veut, pour la part qui est la sienne, donner suite à l’appel de Jean-Paul II adressé aux jeunes réunis à St. Jacques de Compostelle en 1992 lors des J.M.J. (Journées Mondiales de la Jeunesse) : « Mettons-nous en route avec Marie, engageons-nous à suivre le Christ, chemin de vérité et de vie. Ainsi serons-nous messagers de la Nouvelle Evangélisation et bâtisseurs de la Civilisation de l’Amour… »

Dans la Revue Etudes, (octobre 2013) le Pape François nous fait l’appel suivant:  » Au lieu d’être seulement une Eglise qui accueille et qui reçoit … efforçons-nous d’être une Eglise qui trouve de nouvelles routes, qui est capable de sortir d’elle-même et d’aller vers celui qui ne la fréquente pas, qui s’en est allé ou qui est indifférent.… Nous devons annoncer l’Evangile sur chaque route, prêchant la bonne nouvelle du Règne en soignant, aussi par notre prédication, tous types de maladies et de blessures.  »

L’appel à la mission n’est nullement un appel à de l’activisme, mais une vocation à construire une communauté qui témoigne de l’Amour de Jésus Christ, pour construire un monde nouveau. N’ayons pas peur de partager humblement notre joie d’être chrétien.

Si les formes de missions sont multiples, il y en a une qui est incontournable; elle concerne tout chrétien. C’est celle de la prière. Tous, nous sommes invités à prier.

Un lieu, un petit « Cénacle », est nécessaire pour que des chrétiens puissent se retrouver, y prier ensemble, échanger, partager leur chemin vers Dieu, leur engagement au service des hommes et leur apostolat est nécessaire. On ne peut être chrétien seul.

Ces petits groupes, appelés « groupes Cénacle » ou encore « cellules Cénacle », sont profondément inspirés par le premier « Cénacle » où les Apôtres réunis autour de Marie ont attendu l’Esprit Saint promis par le Seigneur.

Le zèle pour l'évangélisation


« Un chrétien est un homme à
qui Jésus Christ a confié d’autres hommes ».
Lacordaire

Le chrétien, interpellé par Jésus Christ

Un jour, en cours de route, Jésus demanda à brûle-pourpoint à ses disciples: « Pour vous qui suis-je ?« (Mt. 16,15). A chaque génération le Seigneur pose aux siens la même question vitale. La réponse des chrétiens d’aujourd’hui détermine leur identité et conditionne l’action qui en découle.

A l’heure où les chrétiens sont conviés au témoignage évangélique dans un monde de moins en moins chrétien,  il importe de tirer au clair la question du Maître à ses premiers disciples, qui nous interpelle tous.

De notre foi en Lui en effet dépend la qualité de notre pratique chrétienne: la profondeur de notre union à Lui sera le garant le plus sûr de l’avenir de son Église . Notre Seigneur ne demande pas aux siens d’être majoritaires dans le monde, mais bien d’être levain dans la pâte, sel de la terre, lumière sur le lampadaire.

Ce qui manque à trop de  chrétiens – baptisés et confirmés dans l’enfance, mais qui n’ont pas ratifié à l’âge adulte, les richesses sacramentelles latentes en eux – c’est d’avoir rencontré vraiment Jésus Christ, d’avoir découvert son visage, sa parole, ses exigences et noué avec Lui, un lien existentiel.

Mais le Christ Jésus n’est pas seulement l’animateur de la vie personnelle du chrétien; il est aussi Celui qui nous commande de porter son Nom et son Évangile au cœur du monde.

Il faut obéir à cet ordre d’aller vers le monde, de prendre la haute mer. Nous ne sommes pleinement évangélisés que si, à notre tour, nous devenons évangélisateurs au loin ou au seuil de nos portes.

On ne possède pas le christianisme, comme un bien privé, on ne le conserve qu’en le rayonnant autour de soi. Ah, si les chrétiens –qui ont reçu le christianisme par héritage – pouvaient prendre conscience, à neuf, de l’immense détresse spirituelle du monde et aller vers lui pour lui révéler, en paroles et en actes, que Jésus Christ porte en Lui le secret ultime de cette fraternité humaine qui ne parvient pas à s’établir.

Le chrétien interpellé par le monde

Jadis, le christianisme était vécu parmi les peuples de tradition chrétienne, grâce, pour une large part, au support de la famille, du milieu ambiant, des valeurs chrétiennes reconnues par tous comme critères de référence, du moins en droit.

Aujourd’hui, l’automatisme héréditaire ne joue plus: on n’est plus chrétien parce qu’on a hérité le christianisme de ses parents.

Les jeunes veulent déterminer eux-mêmes leurs valeurs de vie et rejettent ou sont fortement tentés de rejeter ce qui leur vient par tradition familiale, sociale, ecclésiale. Ce défi des temps nouveaux nous interpelle.

En parlant d’un ‘chrétien’, de qui parlons-nous aujourd’hui? Ceux qui portent ce nom, sont-ils vraiment croyants, d’une foi personnelle, engagée ?

Les chrétiens ont à prendre une conscience plus vive et personnelle de leur foi. Il faut aider nombre d’entre eux à passer d’un christianisme sociologique, à un christianisme plénier, de plein choix, fondé sur une adhésion personnelle.

L’Église de demain se composera de chrétiens qui auront lutté contre leur environnement pour en arriver à une option de foi personnalisée, claire, explicite, responsable. Ce sera là l’Église de demain.

Voilà le nœud du problème: comment christianiser aujourd’hui, en vérité de vie, tant de chrétiens nominaux? Une Église simplement « pratiquante » ne suffit pas: il importe qu’elle soit « confessante ». Il nous faut  vivre de notre foi et en témoigner .

Le christianisme? c’est Jésus Christ, présent en nous, et qui doit rayonner à travers nous. Le christianisme n’est pas d’abord un corps de doctrine, un code de vie, il est d’abord une alliance de vie avec Dieu.

Trop de chrétiens – même pratiquants – ne sentent pas assez combien le chrétien est « un chargé de mission », « un homme à qui Jésus Christ a confié d’autres hommes » (Lacordaire), un homme qui non seulement accepte la foi pour lui-même et les siens, mais la confesse et la proclame, sachant que Jésus a dit: “quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, à mon tour, je me déclarerai pour lui devant mon Père” (Mt 10,32).

Adhérer à la foi, être baptisé dans l’eau et dans l’Esprit Saint, c’était pour le chrétien d’origine, en partager aussitôt le secret et la joie autour de lui, c’était la traduire en paroles et en actes, au fil de la vie quotidienne, en plein cœur du paganisme ambiant.

On ne redressera fondamentalement la situation présente que lorsque chaque chrétien aura compris la vocation – la grandeur – qui est la sienne en vertu de son baptême et que les communautés chrétiennes vivantes – faites avec des chrétiens pleinement engagés – en porteront, au cœur du monde, le témoignage collectif.

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Un chrétien n’est authentique que s’il est animé par l’espérance. Saint Pierre allait même jusqu’à proclamer qu’un disciple du Christ “doit être en mesure, à tout moment, de rendre raison de l’espérance qu’il porte en lui.(1P. 3,15).  L’espérance est une composante de notre être. Elle a mauvaise presse aujourd’hui; on la soupçonne de servir de tranquillisant ou d’alibi.

L’heure présente nous accule à nous dégager de notre optimisme facile, de nos stratégies trop humaines, et à alimenter notre espérance à sa source suprême: la Parole de Dieu et son amour inépuisable, invulnérable, inlassable. Tout indique que nous sommes à l’un des grands tournants de l’histoire de l’Église , où l’Esprit opère, à des profondeurs nouvelles, un mystère de mort et de résurrection. C’est l’heure d’écouter attentivement, en un silence intérieur, “ce que l’Esprit dit aux Églises.” (Ap 2,29).