Histoire


Inspiré par le saint Louis-Marie Grignion de Montfort et l’esprit de Vatican II, l’Association FIAT tente de participer à la mission de l’Eglise, d’une manière humble.


Introduction


La spiritualité de la Légion de Marie et le Renouveau dans l'Esprit sont l'arrière-fond sur lequel la spiritualité de FIAT s'est développée.

Avant le Concile Vatican II


Les lignes directrices de la Légion de Marie ont été la première inspiration des fondateurs de ce qui par après est devenu FIAT. C'est d'ailleurs à la base de cette inspiration qu'ils se sont trouvés. Cela est évident dans le cas de Veronica O'Brien. Elle a cherché en Mgr L.J. Suenens, évêque auxiliaire de Malines, un allié pour soutenir théologiquement et spirituellement l'apostolat de la Légion de Marie. C'est elle qui lui a demandé d'écrire "La théologie de l'apostolat". Mgr Suenens qui avait comme devise épiscopale In Spiritu Sancto a reconnu dans cette invitation à écrire ce livre une invitation de l'Esprit.

L'impact du Concile Vatican II


Le Concile Vatican II a certainement approfondi la théologie du Cardinal Suenens: la priorité du peuple de Dieu, avant de parler de la hiérarchie, était en connivence avec l'inspiration de la Légion de Marie, qui est un mouvement laïque. L'Eglise est avant tout le peuple de Dieu qui participe à la vie divine. C'est par le baptême que nous sommes introduits à cette nouvelle création et que nous sommes invités à être des témoins du Christ dans le monde dans notre vie de tous les jours. Les charismes ne sont pas des exceptions qui avaient leur place dans les temps révolus, au début de l'Eglise. Au contraire, ce sont encore aujourd'hui de puissants moyens d'évangélisation. Le Concile a parlé de Marie en tant que figure de l'Eglise (Urbild der Kirche): elle a été la première croyante par son fiat, et c'est par cela qu'elle est la Mère de tous les fidèles. Vatican II a, dans la Constitution Lumen Gentium, opté pour une mariologie qui n'est pas une dévotion particulière, mais qui situe Marie au cœur même de la vie de la foi. Le Concile Vatican II a vu en Marie d'abord “celle qui a cru”, et a évité de considérer Marie comme “médiatrice de toutes les grâces”.

Après le Concile


Le Mouvement charismatique qui a pris origine dans l'Eglise catholique à partir de 1967 trouvait dans l'équipe fondatrice de FIAT (Le Cardinal Suenens, Veronica O'Brien et Yvette Dubois) un sol fertile et de nouvelles façons d'exprimer la foi dans la prière de louange, l'exercice des charismes et des dons de l'Esprit. C'est pourquoi qu'il s'est donné beaucoup de peine pour développer à l'intérieur de la spiritualité charismatique, les éléments qui étaient moins élaborés, et en particulier le rôle de Marie et le statut de la hiérarchie dans les groupes charismatiques œcuméniques. Pour éclairer ces aspects, le Cardinal Suenens a prié des responsables du Mouvement charismatique de venir à Bruxelles, pour discuter à fond sur la place des catholiques dans les groupes charismatiques œcuméniques. Comme le Mouvement charismatique dans l'Eglise catholique a été fort influencé, à ses débuts, par les contacts des fondateurs-de-fait du Mouvement charismatique avec les Free Churches d'inspiration pentecôtiste, le Cardinal Suenens a voulu remettre ce mouvement à l'intérieur de la vie de l'Eglise. Il  a aussi souligné qu'une solide exégèse et une réflexion fondamentale sur le thème de la nature et de la grâce s'imposait. Les Documents de Malines qui ont vu le jour sont le résultat de ces efforts.

Depuis 1983


A partir des années 1975-1980 il y a eu une influence croissante de la Communauté de l'Emmanuel, fondée par Pierre Goursat. Cette Communauté combine pour ainsi dire le Mouvement charismatique avec la spiritualité traditionnelle française (dévotion au cœur transpercé de Jésus, dans la tradition de sainte Marguerite-Marie Alacoque et de la Visitation). Paray-le-Monial est le lieu où le Mouvement charismatique et l'Emmanuel se sont rencontrés, surtout lors des réunions annuelles organisées par la Communauté de l'Emmanuel de Paris. On y trouve l'accent mis sur l'adoration du Saint Sacrement, la confession et la formation théologique. Les inspirateurs de FIAT se sont trouvés à l'aise dans cette alliance entre la spiritualité française traditionnelle et le Renouveau dans l'Esprit, tout en mettant davantage l'accent sur le rôle de Marie, dans le sens de la spiritualité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

 

Voilà l'arrière-fond sur lequel la spiritualité FIAT s'est développée:

  • Une attitude d'ouverture vis-à-vis de l'action de l'Esprit Saint, en disant avec et comme Marie: FIAT, “qu'il me soit fait selon ta parole”.
  • La sanctification de tout chrétien baptisé : l'appel à la sainteté
  • L'appel à l'apostolat dans son propre milieu (famille, travail, paroisse).
  • La participation à des équipes de chrétiens qui se soutiennent en partageant leur vie intérieure (ad intra) et leurs efforts d'apostolat (ad extra).

     

    Pourquoi la première équipe autour du Cardinal Suenens a-t-elle accueilli cet héritage et quels sont les fruits de cet engagement?

    Le Cardinal Suenens - soutenu par le zèle apostolique de Veronica O'Brien - a rêvé d'une “nouvelle Pentecôte”. Pendant qu'il était en train d'écrire son livre sur Une nouvelle Pentecôte? le Cardinal fit la connaissance du Mouvement charismatique naissant. Le titre du livre de Kevin Ranaghan, Catholic Pentecostals, a été reconnu par Veronica comme assez original et prometteur. Le pentecostalisme classique, en effet, n'était guère catholique. Les églises traditionnelles ont plutôt regardé le pentecostalisme avec suspicion. Le Cardinal s'est demandé si ce Mouvement charismatique dans l'Eglise catholique était bien la nouvelle Pentecôte pour laquelle Jean XXIII avait prié. Après de nombreux contacts et d'amples consultations le Cardinal a risqué le saut et s'est profilé comme Cardinal protecteur de ce mouvement.

    Le Cardinal a rêvé d'un Renouveau charismatique de toute l'Eglise. Cet espoir ne s'est pas tout à fait réalisé, comme le Cardinal a dû le reconnaître. Le Renouveau de l'Esprit a cependant réalisé un nouvel élan spirituel dans l'Eglise dont les fruits ne peuvent pas être perdus.

    Une spiritualité qui était en même temps portée par une solide piété mariale et qui était animée par le souffle de l'Esprit est apparue au Cardinal comme un moyen de promouvoir la nouvelle évangélisation, lancée par Jean-Paul II.

    "Aujourd'hui encore, le Christ naît de Marie et de l'Esprit Saint": c'était un thème développé par le Cardinal dans toutes ses publications et allocutions.

    L'apostolat FIAT est né pour mettre à la disposition de tous les chrétiens les trésors de cette spiritualité. Cette spiritualité se voulait

    inspirée par l'Esprit Saint

    unie à Marie

    et vraiment apostolique.

    La création de  "groupes ou cellules Cénacle" où des “chrétiens nouveaux” pourraient prier ensemble et agir ensemble, inspirés par cette spiritualité, a donc été un premier but des “fondateurs” de FIAT.

    Le chapelet FIAT a été reçu par Veronica comme un moyen simple et efficace pour prier en groupe dans ces cellules Cénacle et dans les familles.
    Toute l'importance du chapelet FIAT consiste en son invitation à entrer avec Marie à la vie de Jésus.
    Reconnaissant l'intuition de Veronica comme authentique, le Cardinal a écrit une prière d'introduction au chapelet qui en dévoile tout le sens.
    Pourquoi donner tant d'importance dans notre vie de prière au chapelet qui semble être plutôt un acte de dévotion particulière, centré sur les mystères de Marie? La réponse est que le chapelet ne s'adresse pas à Marie, mais nous invite à suivre avec Marie les traces du Christ.
    Saint Louis-Marie de Montfort dit : “Quand le Saint-Esprit a trouvé Marie, son épouse, dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment, et autant qu'elle donne place à son Epoux”” (Le secret de Marie, n. 3).

    Ce “vol de l'Esprit” est représenté par la médaille du chapelet FIAT. Marie est représentée par le diamant. L'autre face de la médaille nous fait entrer dans la vie trinitaire, représentée par les trois cercles entrelacés et les lettres P(ère), F(ils) et E(sprit). Etre chrétien, c'est entrer dans la vie intime même de Dieu. D'après la lettre aux Hébreux, Jésus dit en entrant dans le monde: “Tu m'as donné un corps, et je dis: Je viens pour faire ta volonté”. C'est le premier fiat, qui révèle l'union intime de Jésus, qui se dit dans l'Evangile de saint Jean, être “l'envoyé du Père”. Jésus est le fils incarné, le premier à faire pleinement la volonté du Père. Le fiat de Marie fait écho à ce FIAT originaire du Fils: elle veut être, dans son corps virginal, celle qui porte le Sauveur du monde, l'Emmanuel. La prophétie de l'Emmanuel (Is. 7, 14) a façonné d'une manière décisive l'interprétation du mystère de l'incarnation de Jésus. Elle est l'Alma, la Vierge (dans la traduction des Septante) qui porte au monde les promesses de Dieu. Il est l'Emmanuel, la réalisation définitive de Dieu qui a habité parmi nous.

    Comme les Pères de l'Eglise l'ont exprimé, Marie a d'abord enfanté Jésus par sa foi avant de le recevoir dans son corps. Elle est vraiment celle qui fait la volonté du Père, et pour cette raison elle est vraiment la Mère de Jésus. Elle est heureuse parce qu'elle a cru.

    La présence de Marie dans la vie publique de Jésus est plutôt discrète. Elle dit: “Faites tout ce qu'Il vous dira”. Elle est la première croyante, faisant la volonté du Père. Même si cela implique qu'un glaive a percé son cœur. Elle était présente à la croix; et aussi à la descente de l'Esprit à la Pentecôte. Cette présence est figurée sur la médaille FIAT par “M” sous la croix et par sa présence au milieu des apôtres (figurés par des astres) et de l'Eglise naissante. Elle est vraiment la mère de Jésus et de toute l'Eglise. C'est pourquoi entrer dans son mystère est en même temps entrer dans le mystère de l'Eglise.

    Nous aussi nous sommes introduits au mystère de l'Eglise par les sacrements de l'initiation chrétienne. Pour cette raison la prière FIAT nous rappelle notre Baptême, l'Eucharistie et la Confirmation (notre Pentecôte). Par ces sacrements nous sommes devenus des enfants adoptifs, et “fils et filles dans le Fils” (Filii in Filio, Père Mersch). Cette naissance ne pourrait pas se faire sans notre sentiment priant, dont la Vierge reste à tout jamais la “figure” (Urbild). En recevant dans la foi la filiation divine, nous aussi nous sommes engendrés “ni par vouloir de chair ni vouloir d'homme mais de Dieu” (Jean 1, 13). La Vierge Marie est vraiment notre Mère, puisque nous sommes les membres vivants du Corps de Jésus, tel qu'il vit aujourd'hui dans l'Eglise.

    Le Baptême est vraiment cette nouvelle naissance: par lui nous passons “de la vie à la Vie”. Le Baptême est le début de la vie éternelle que nous avons dans le Christ.
    L'Eucharistie nous fait vivre en tant que membres du corps de Jésus. “Vous êtes le corps du Christ”, disait saint Augustin, en distribuant la communion.

    Par l'Esprit Saint reçu au Baptême, lors de notre Confirmation, nous entrons pleinement dans la vie de l'Eglise. Que de travail en profendeur avant que tout cela soit vécu dans le concret de la vie! La récitation fidèle du chapelet, avec sa belle prière d'introduction, peut y aider.
    Prier pour toutes nos intentions a depuis toujours été une partie intégrante de la prière de l'Eglise. Nous nous adressons avec confiance à celle qui est “ma Mère et ma confiance”.
    Nos intentions doivent être incorporées dans la demande du Notre Père: “Que ta volonté soit faite”: cette prière fait écho au fiat de Jésus et de Marie.

    Le chapelet FIAT est avant tout un effort pour entrer sous l'inspiration de l'Esprit Saint, avec Marie, dans les mystères de la vie de Jésus. Ce christocentrisme du chapelet se reconnaît dans la pratique de parcourir dans le même chapelet, l'entièreté de la vie de Jésus. En cela réside aussi l'originalité du chapelet FIAT. Dans la récitation du chapelet traditionnel, et qui reste valable et qui peut très bien être introduit par la prière FIAT, l'accent sur les mystères de la vie de Jésus risque de se perdre de vue, parce que tous les mystères ne sauraient pas être commémorés le même jour; étant le nombre des “Je vous salue, Marie”. C'est pourquoi on a retenu, en méditant chaque mystère, trois “Je vous salue, Marie”, clôturé par “Joie et gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit”. Le nombre de mystères a aussi quelque peu été réduit, ce qui implique toujours un choix. On a voulu cependant introduire dans le chapelet FIAT les mystères lumineux de la vie de Jésus, en suivant l'intuition du Pape Jean Paul II. Il est important de voir le chapelet FIAT tout à fait en union avec l'Eglise priante.

    A la fin du chapelet, nous invoquons saint Joseph, protecteur de la Sainte Famille. Il est aussi le protecteur de l'Eglise. Le Cardinal Suenens aimait beaucoup répéter surtout dans un contexte œcuménique, les paroles de l'ange à Joseph: “Joseph, fils de David, ne crains point de prendre chez toi Marie, ton épouse; car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint” (Mat. 1,20).

    Saint Michel Archange ne peut être absent dans ce chapelet. La prière commune est notre meilleure protection dans le combat de la foi. Comme le chapelet FIAT veut nous introduire pleinement dans le mystère de l'Eglise, nous demandons, nous aussi, d'être membres de cette nuée de témoins de tous les anges et tous les saints. La prière finale exprime dans d'autres mots l'intuition de base du chapelet: dire “oui” avec Marie et “merci” à l'initiative de l'Esprit.

    Quels sont les objectifs pastoraux à retenir après 30 ans d'apostolat FIAT?

    L'équipe qui s'est formée autour du Cardinal Suenens et de Veronica O'Brien a certainement eu une grande influence sur l'apostolat FIAT. Grâce à des personnes très engagées et dévouées qui ont connu le Cardinal Suenens et Veronica O'Brien l'apostolat FIAT a eu un certain retentissement dans le monde. Le chapelet FIAT a été divulgué dans de nombreux pays, et il y a des communautés qui se sont inspirées de la spiritualité FIAT.

    Le groupe directeur de FIAT et ses responsables ont aussi collaboré avec d'autres groupes, tels que la famille montfortaine, pour organiser des retraites, des journées d'étude etc. Nous avons toutes les raison d'être reconnaissant pour le charisme des fondateurs qui a porté beaucoup de fruits.

    Les personnes qui ont connu les fondateurs deviennent plus rares. Il y a aussi une certaine conjoncture, même dans les mouvements de spiritualité. Par exemple, le Mouvement charismatique qui continue d'attirer beaucoup de gens n'a plus l'aura de la nouveauté qu'il avait dans les années 1970.

    Il y a aussi le problème du langage parfois exubérant des premiers écrits, qui supposent déjà une solide introduction dans la spiritualité de saint Louis-Marie de Montfort. Aussi faudra-t-il tenir compte du travail de l'exégèse, qui fait davantage distinction entre ce que nous savons de Marie pendant la vie publique de Jésus et lors de la Pentecôte et l'élaboration théologique des récits de l'enfance, qui ont tant inspiré l'art et la dévotion populaire.