Une culture de la miséricorde – Pape François



Nous sommes d’abord appelés à célébrer la miséricorde. Que de richesses se dégagent de la prière de l’Église quand elle invoque Dieu comme Père miséricordieux ! Dans la liturgie, la miséricorde n’est pas seulement évoquée maintes fois : elle est réellement reçue et vécue. Beaucoup d’oraisons  –  collectes  – rappellent le grand don de la miséricorde. La célébration de la miséricorde divine atteint son sommet dans le Sacrifice eucharistique, mémorial du mystère pascal du Christ, d’où vient le salut pour tout homme, pour l’histoire et le monde entier. En bref, chaque moment de la célébration eucharistique fait référence à la miséricorde de Dieu. [n° 5]

Dans ce contexte, l’écoute de la Parole de Dieu a une importance particulière. Chaque dimanche, la Parole de Dieu est proclamée dans la communauté chrétienne pour que le Jour du Seigneur soit éclairé par la lumière qui émane du mystère pascal. Dans la célébration eucharistique, c’est comme si l’on assistait à un vrai dialogue entre Dieu et son peuple. De fait, dans la proclamation des lectures bibliques, on parcourt à nouveau l’histoire de notre salut à travers l’annonce qui est faite de l’incessante œuvre de miséricorde. Dieu nous parle encore aujourd’hui comme à des amis ; il s’« entretient » avec nous pour nous accompagner et nous montrer le chemin de la vie. Sa parole se fait interprète de nos demandes et de nos préoccupations et réponse féconde pour que nous fassions l’expérience concrète de sa proximité. [n° 6]

 

(c) Arcabas

La miséricorde a aussi le visage de la consolation. « Consolez, consolez mon peuple » (Is 40,1) sont les paroles venant du fond du cœur que le prophète fait entendre encore aujourd’hui, afin qu’une parole d’espérance puisse parvenir à tous ceux qui sont dans la souffrance et la douleur. Ne nous laissons pas voler l’espérance qui vient de la foi dans le Seigneur ressuscité. Il est vrai que nous sommes souvent soumis à rude épreuve, mais la certitude que le Seigneur nous aime ne doit jamais nous quitter. Sa miséricorde s’exprime aussi à travers la proximité, l’affection et le soutien que tant de frères et sœurs manifestent lorsque surviennent les jours de tristesse et d’affliction. Essuyer les larmes est une action concrète qui brise le cercle de la solitude où nous sommes souvent enfermés. [n° 13]

Nous ne pouvons pas oublier que chacun est porteur de la richesse et du poids de sa propre histoire qui le rendent absolument unique. Notre vie, avec ses joies et ses peines, est quelque chose d’unique et non reproductible, qui se déroule sous le regard miséricordieux de Dieu.
Cela requiert, surtout de la part du prêtre, un discernement spirituel attentif, profond et clairvoyant, de sorte que nul ne soit exclu, quelle que soit la situation dans laquelle il vit, et qu’il puisse se sentir accueilli concrètement par Dieu, participer activement à la vie de la communauté, être inséré dans ce Peuple de Dieu qui avance infatigablement vers la plénitude du Règne de Dieu, règne de justice, d’amour, de pardon et de miséricorde. [n° 14]

Efforçons-nous donc de donner des formes concrètes à la charité, et en même temps intelligence aux œuvres de miséricorde.
Cette dernière possède une action inclusive, c’est pourquoi elle tend à s’élargir comme une tache d’huile et ne connait pas de limite.
En ce sens, nous sommes appelés à donner un visage nouveau aux œuvres de miséricorde que nous connaissons depuis toujours. De fait, la miséricorde exagère ; elle va toujours plus loin, elle est féconde.
Elle est comme le levain qui fait fermenter la pâte (cf. Mt 13,33) et comme la graine de moutarde qui devient un arbre (cf. Lc 13,19). [n° 19]

Nous sommes appelés à faire grandir une culture de la miséricorde, fondée sur la redécouverte de la rencontre des autres : une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit la souffrance des frères.
La culture de la miséricorde s’élabore dans la prière assidue, dans l’ouverture docile à l’action de l’Esprit, dans la familiarité avec la vie des saints et dans la proximité concrète des pauvres.
C’est un appel pressant à ne pas mal interpréter où il est déterminant de s’engager. Nous ne pouvons pas oublier les pauvres : c’est un appel plus que jamais d’actualité et qui s’impose dans son évidence évangélique. [n° 20]

Que demeurent tournés vers nous les yeux miséricordieux de la Sainte Mère de Dieu. Elle est la première qui nous ouvre le chemin et nous accompagne dans le témoignage de l’amour. Que la Mère de Miséricorde nous rassemble tous à l’abri de son manteau, comme l’art a souvent voulu la représenter. Confions-nous à son aide maternelle et suivons son indication constante à regarder Jésus, visage rayonnant de la miséricorde de Dieu. [n° 22]

 

Source: Libreria Editrice Vaticana – Lettre  apostolique Misericordia et misera