Une alliance à double dimension – Card. Suenens



Le christianisme, a écrit le cardinal Mercier, est une alliance de deux amours en Jésus-Christ.” L’Amour divin qui descend du ciel pour réaliser l’alliance sacrée se nomme le Saint-Esprit. L’amour humain qui de la terre s’élève à sa rencontre s’appelle Marie.

Sans-doute, cet amour qui, en Marie, s’élève à la rencontre de l’Esprit divin, est-il déjà une participation de la charité divine elle-même. Marie, comme aucune autre créature, L’a reçu en elle,  Lui qui anime sa correspondance.

 

« Toute l’Ancienne Alliance, se réalise en Marie »

 

En Marie la terre a donné son fruit et le Ciel a fait pleuvoir le Sauveur: cette promesse qui remplit toute l’Ancienne Alliance, se réalise en Marie. Au carrefour de la rencontre de Dieu et de l’humanité, en Israël, peuple de Dieu, se situe l’Incarnation, avec toutes ses conséquences.

Nous voudrions nous arrêter à ce qui est comme le cœur de ce mystère: la recontre du Saint-Esprit et de Marie. “L’Esprit Saint viendra sur toi et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre…” (Lc   1,35).

Est-ce là seulement un pur fait historique, lointain, révolu? Ou ces mots nous entrouvrent-ils, pour tous les temps à venir, une loi immuable de l’action de Dieu dans le monde?

La question est d’importance. Restreindre l’alliance du Saint-Esprit et de Marie à la seule naissance de Jésus, c’est la réduire au niveau d’un épisode historique, qui, si grand qu’il soit, n’a duré qu’un rapide moment, puis est rentré dans le passé. C’est situer Marie dans l’histoire, mais non dans le présent ni dans l’avenir.

Est-ce là ce que Dieu a voulu? Ou bien, cet Esprit vient-Il à tout jamais la couvrir de son ombre fécondante?

Fra Angelico – L’Annunciation (1395-1455)

Avec toute l’Eglise catholique, au contraire, nous croyons que l’union du Saint-Esprit et de Marie est conclue pour tous les siècles, que l’alliance reste désormais indissoluble, et qu’aujourd’hui encore Jésus continue de naître invisiblement dans les âmes, de l’Esprit Saint et de Marie.

Nous le croyons pour une raison qui est elle-même un mystère et qui s’enracine dans les profondeurs de l’économie divine: parce que, en un sens très réel qui sera précisé ultérieurement, Marie et l’Eglise ne font qu’un. A tel point que, naître de ‘L’Esprit et de Marie’ équivaut à naître de ‘L’Esprit et de l’Eglise’ et que le Baptême qui nous engendre à la vie, est le fruit – bien que de manière différente – de cette double et unique maternité.

Toute dévotion à Marie qui ignore ou minimise ce mystère, restera une dévotion purement sentimentale, étriquée et exsangue. Coupée de ses racines, elle sera une fleur de serre chaude et non une plante de pleine terre. Elle sera à la merci de la moindre bourrasque au lieu d’être “cet arbre vigoureux planté près d’un cours d’eau qui donne son fruit en son temps et dont le feuillage ne se flétrit pas.” (Ps I,3)

 

La maternité de Marie

 

La maternité de Marie a ses racines dans l’Incarnation même. C’est d’ailleurs toujours là qu’il faut revenir. Car l’Incarnation contient déjà en un sens la Rédemption elle-même. Celui qui naît ne vient au monde que pour mourir en sacrifice. Il ne meurt pas comme tout fils d’homme parce qu’Il est né : Il naît pour mourir. Il naît prêtre et victime du sacrifice de la Rédemption.

Nos mères engendrent des fils qui peut-être deviendront prêtre un jour. Pour eux la dignité sacerdotale sera un don gratuit qui ne revenait pas de droit à leur nature. Marie, au contraire, est Mère de Jésus, qui naît prêtre par naissance, Il est l’Agneau de Dieu. Aussi bien la maternité de Marie s’achève-t-elle par le mystère de la Rédemption.

Giotto – L’Epiphanie (1266-1337)

L’Incarnation est un mystère à double face: il signifie à la fois le geste de Dieu qui, sans cesser d’être Dieu, le Très-Haut, l’Inaccessible, descend vers nous pour habiter parmi nous. Mais il est aussi un geste d’ascension qui introduit l’homme à la participation même de la nature divine.

Dieu se fait homme, mais la raison finale de l’Incarnation est de déifier l’homme, de le rendre participant de la nuture divine, comme fils adoptif, choisi et aimé dans le Fils Unique: il s’est agi d’un ‘admirable échange’, pour parler le langage de la liturgie, selon lequel le Fils de Dieu a été formé comme homme en Marie, afin que nous soyons formés à l’image de Dieu, c’est-à-dire divinisés.

Dieu se fait homme sans cesser d’être Dieu et en même temps Il nous divinise, nous transfigure sans que nous cessions d’être hommes. C’est par le fiat de Marie que nous entrons dans ‘l’admirable échange’ pour être divinisés comme le Christ a été humanisé.  Telle est l’ampleur et la profondeur de l’alliance qui est au point de départ de toute vie chrétienne et donc au cœur de tout évangélisation qui se veut féconde.

 

Source: L.J. Card. Suenens, Le chrétien au seuil des temps nouveaux, p. 94-98.