Si tu savais le don de Dieu



Lorsque le chrétien entre par le Baptême dans le mystère du Christ, il s’insère, tout à la fois, dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, et il s’ouvre à l’effusion de l’Esprit Saint.

Baptisé dans l’eau, symbole de régénération, il l’est, du même coup, dans l’Esprit qui le vivifie et le sanctifie.

Il est important de croire à cette sainteté initiale, qui nous est donnée gratuitement, et dont nous avons à vivre, au fur et à mesure de la vie, le crescendo d’exigences. C’est un retournement de perspective: la sainteté du chrétien n’est pas au terme de ses efforts ou de son ascension vers un sommet qui se dérobe, mais une assomption dont l’initiative première est en Dieu.

 

Appelée à la sainteté

Dans le Credo, l’Église est appelée ‘une, sainte, catholique et apostolique’. De ces quatre attributs le plus primitif est celui de ‘l’Église sainte’. Elle est appelée ‘sainte’ dans les formules les plus anciennes du Credo.

L’Église de notre foi n’est pas le rassemblement ou le total de ceux qui, personnellement ou en communauté, se réclament du Christ. L’Église a une existence, une consistance qui précède et dépasse l’adhésion consciente des croyants à Jésus-Christ et à la communauté particulière dont ils sont membres. Elle est à la fois la communauté que nous construisons ensemble – l’Église, c’est nous – et la matrice qui nous porte, la communauté maternelle qui nous engendre à la vie de Dieu, dans le Christ et par l’Esprit.

L’Église de notre foi est née sainte. Sa sainteté n’est pas faite de l’addition des saints qu’elle engendre, c’est sa propre sainteté – la sainteté du Christ et de son Esprit en elle – qui fructifie en nous.

Ce ne sont pas les saints qui sont admirables, c’est Dieu et Lui seul qui est admirable dans ses saints.

Nous sommes invités de croitre en sainteté à partir de notre sainteté initiale.

 

L’Esprit Saint au cœur de la nouvelle évangélisation

L.J. Cardinal Suenens
1904-1996

La tentation permanente est de penser le renouveau de l’Église en termes de réorganisation, d’adaptation des formes extérieures, de réformes, de structures à la manière des institutions humaines

Sans  nier  la  nécessité  de  certaines  réformes, Jean XXIII allait au cœur des choses, à la source d’eau vive, en appelant les chrétiens à l’accueil du don de Dieu, pour que s’accomplisse une nouvelle Pentecôte sur l’Église. L’Église a toujours besoin d’être refondée là où elle a été fondée, c’est-à-dire à la Chambre Haute, dans l’expérience fondatrice que fut l’évènement de la Pentecôte.

Le renouveau que l’on peut attendre d’une actualisation de la Pentecôte, n’est pas d’abord un renouveau par l’extérieur, mais bien un renouveau à la source, dans la liberté que l’on donne à Dieu de raviver le don de Lui-même. “Si tu savais le don de Dieu”. De proche en proche, la grâce pentecostale possède le dynamisme nécessaire pour irriguer tout le corps jusque dans ses formes extérieures. 

 

Dieu sème dans le cœur des humbles

Si le Concile est considéré comme un événement pentecostal, alors les vrais fruits du Concile seront ceux-là mêmes qui portent la marque de l’Esprit Saint. Une caractéristique essentielle de l’action de l’Esprit est le caractère inattendu, imprévisible de ses initiatives.

L’action divine a toujours un caractère déconcertant qui manifeste sa gratitude et sa transcendance. Et donc, dans l’après-Concile, les fruits de l’Esprit sont peut-être apparus là où on ne les attendait pas et ils ne sont pas apparus là où on les attendait. Des attentes trop humaines ont pu être déçues. Des prévisions ne se sont pas réalisées.

Par contre, des bourgeons sont apparus là où on les attendait le moins. Un printemps a pu éclore dans le secret des cœurs, à la base, chez les petits. Il est frappant de constater que les grands renouveaux de l’Église ont souvent pris naissance dans l’humilité, l’enfouissement d’un cœur d’homme, de femme ou d’enfant.

Dieu sème dans le cœur des humbles, des petits, des cachés. Avant de parvenir à la notoriété publique, les bonnes nouvelles de Dieu doivent cheminer en secret. C’est aux bergers qu’il est dit: “Je viens vous annoncer une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple”.(Lc 2,10). Ce qui est pauvre, nous dira Saint Paul, ce qui est faible, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi. Les grands enfantements ne se passent pas au grand jour. Dieu les suscite dans le secret, dans le silence et la nuit et ce sont les humbles qui sont les premiers à les reconnaître. C’est un signe de l’Esprit Saint.

Dès lors, serait-il étonnant qu’un des fruits les plus marquants du Concile puisse être représenté par la germination secrète et la levée dans l’Esprit Saint? La pédagogie de Dieu est une et, à travers toutes les naissances et les renaissances qui jalonnent l’Histoire Sainte de l’humanité, elle manifeste l’affinité profonde et la connivence secrète qui existent entre l’Esprit Saint et les humbles.

 

Le ‘oui’ de Marie

L’Annunciation – Fra Angelico (1400-1455)

Irrésistiblement c’est l’icône de Marie qui s’offre à nous. Un lien intime se laisse entrevoir entre Vatican II et l’Annonciation.

Un ange vient trouver l’Église et lui demande de redevenir ‘mère’ d’enfanter à nouveau, d’enfanter la vie du Christ dans l’humanité et le monde. L’Église des hommes se sent si souvent stérile, dépassée par sa mission d’évangélisation, impuissante à engendrer la foi dans le monde contemporain, et chez les jeunes en particulier. De même qu’à l’Annonciation, il y a eu l’étonnement, le questionnement de Marie, “Comment cela peut-il se faire?”. Ce sentiment d’impossibilité humaine, l’Église elle aussi sent son impuissance radicale à accomplir sa mission maternelle d’engendrement de la foi et d’évangélisation. L’Église alors peut connaître la tentation du doute, du découragement, ou la tentation plus subtile de la diversion: planifier, structurer, organiser, programmer, adapter, séculariser.

Elle peut aussi dire oui à l’Esprit. Comme Marie et avec elle, l’Église peut entrer plus avant dans le mystère de l’Esprit. “L’Esprit Saint te couvrira de son ombre”. (Lc 1,35) “Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Pour vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut”. (Lc 24,49).

Comment oublier le mot de Karl Rahner: “Le oui de Marie fut le premier mot de l’Église”. Il semble aujourd’hui que l’Église doive redire ce premier mot, celui qui l’a fait naître et qui l’a fait renaître, son oui à l’Esprit Saint, pour qu’en elle et par elle s’accomplisse en notre temps l’incarnation du Christ, Seigneur et Sauveur de tout l’homme et de tous les hommes.

 

Vois: j’ai commencé quelque chose de nouveau …

Vatican II fut et reste un appel à l’Esprit Saint. Déjà dans l’Église et le monde apparaissent les signes avant-coureurs d’une nouvelle Pentecôte. Saurons-nous les reconnaître?

Saurons-nous, une nouvelle fois écouter la voix d’Isaïe disant à son peuple:

“Ne reste pas fixé sur le passé. Ne t’arrête pas à ce qui fut. Vois: j’ai commencé quelque chose de nouveau. Ne le remarques-tu pas? Oui, je vais tracer une route dans le désert, des sentiers dans la solitude.”

 

Source: Card. L.J. Suenens, Le Chrétien au seuil des temps nouveaux, Ertvelde, FIAT, 1997, pp. 80-87.
Image: © P. Kim En Joong