Savoir découvrir Dieu – Cardinal Suenens



Jésus lui dit: ‘Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu ?’ (Jn. 20, 15)

La rencontre au jardin

 

Relisons ensemble la page d’évangile qui nous raconte la rencontre de Jésus et de Marie-Madeleine au matin de Pâques, dans le jardin où le Maître avait été enseveli :

« Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? »  Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.  Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »  Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître.  Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit. »

Cette femme pleure sur un tombeau vide et elle ne sait pas que ce tombeau vide est la joie suprême de sa vie et de tous les hommes qui pleurent sur cette terre.

 

L’incognito de Dieu

 

Elle pleure en présence de celui qui est vraiment sa suprême raison de vivre et d’espérer.
Cette femme en larmes n’est-elle pas l’image même de notre incompréhension devant le mystère de la souffrance ?
Nous ne voyons que le revers des choses et nous nous désolons parce que le ce revers nous fait mail.

Cette femme en larmes se plaint parce qu’on a enlevé son Seigneur et qu’elle ne sait où l’a mis. Elle veut retrouver le corps dans ce sépulcre et constater qu’il est bien là. Elle veut ramener les choses à son étalon de mesure, dans le cadre de ses explications. Elle veut du précis, de l’ordre, le respect du statu quo. Elle veut embaumer un mort et elle se lamente d’une absence  qui lui est cruelle.

Cette femme se plaint … tandis que Dieu donne la plus grande joie de sa vie. Mais elle ne le sait pas encore. Regardez Madeleine et demandez-vous si, vous aussi, vous ne vous plaignez pas de Dieu dès que ses pensées à lui ne coïncident plus avec les vôtres, dès que ses voies ne slot plus vos voies.

Marie-Madeleine se retourne et aperçoit un jardinier. C’est Jésus qui s’approche, mais elle l’ignore. Cette femme qui ne reconnaît pas Dieu sous les dehors d’un jardinier, n’est-ce pas l’image du chrétien dérouté par les incognitos de Dieu ?

Nous croyons que Dieu ne peut venir à nous qu’en grand apparat et dans des circonstances que nous imaginons dignes de lui. Et le Maître se plaît à venir parmi les siens en habit de travail, dans les circonstances tout ordinaires et quelconques. Nous voulons que Dieu respecte nos cadres, nos conventions, nos a priori. Il se moque de nos convenances et vient sous toutes les apparences. Dieu se cache dans l’anonymat de l’épreuve et de la souffrance plus volontiers qu’ailleurs, parce que là il est plus proche, plus familier : il peut mieux se pencher sur nos  misères. Nous avons, hélas, tant de peine à le croire !

Madeleine recherche Jésus, un Jésus mort, et celui qu’elle rencontre est le Jésus vivant, le Maître de la mort et de la vie. Elle est déroutée, mais sa déroute même est riche du triomphe de Dieu. Madeleine cherche Jésus au dehors, quelque part dans le jardin et elle demande : « Ou l’avez-vous mis ? »

 

 

 

Source: Suenens, L.J., Vie quotidienne, vie chrétienne, Bruges, Desclée de Brouwer, pp. 139-141.