La grâce du Renouveau charismatique



La grâce du Renouveau charismatique

« La vie dans l’Esprit Saint »

 Un témoignage du cardinal Suenens

Dans le livret Itinéraire spirituel (1986) le cardinal Suenens partage quelques surprises de sa vie pastorale. En voici quelques passages situant la grâce et l’importance du Renouveau charismatique que dans ses derniers écrits il aimait appeler « la vie dans l’Esprit Saint ».

[Chers lecteurs],

…Au cours de mes visites aux Etats-Unis, j’entendis parler d’un étonnant réveil religieux, né au début de ce siècle, peu à peu accepté dans les Églises protestantes traditionnelles, et qui, en 1967, se manifesta dans l’Église catholique.

Ce renouveau spirituel touchait à la fois les universités, les communautés religieuses les plus diverses, les paroisses.

A ce moment-là, j’écrivais un livre, déjà annoncé sous le titre L’Esprit Saint, notre Espérance.

J’en ai arrêté la rédaction en me disant que si l’Esprit Saint était à l’œuvre, fût-ce même à l’autre bout du monde! …, il fallait aller voir sur place ce qui était en cours. D’autant plus qu’on parlait d’un réveil des charismes… dont j’avais plaidé la cause au Concile Vatican II.

Je me suis rendu en quelques centres principaux: Ann Arbor, South Bend. J’y rencontrai un groupe de Français conduits par Pierre Gour­sat, le futur fondateur de la Communauté de l’Emmanuel qui allait pren­dre une exten­sion in­ternationale… Pierre Goursat avait fait jadis tout exprès le voya­ge de Paris à Nevers au lendemain de la guerre pour y rencontrer Veronica O’Brien qui y fon­dait la Légion de Marie. Pierre Goursat fut un des premiers mem­bres de la Légion de Marie en terre de France. Notre rencontre imprévue en Amérique attestait un souci commun d’en­ten­dre et éventuellement de capter ‘ce que l’Es­prit dit aux Église s’.

Au contact des premières communautés ‘charismatiques’ catholiques en milieu uni­ver­si­taire, j’ai compris qu’une grâce ‘pentecostale’ était à l’œuvre: il ne s’agissait pas d’un mouvement (il n’y a ni fondateur, ni règle, ni structure précise) mais un souffle de l’Esprit qui concernait les mul­tiples aspects de la vie, comme aussi tous les mou­vements quels qu’ils soient.

 

J’ai décrit ma découverte, en 1974, dans Une Nouvelle Pentecôte?. Le point d’in­ter­rogation, mis après le titre, signifiait que ce ‘Renouveau’ n’allait pas être automatique et qu’il fallait, à la fois, l’accueillir et le guider avec discernement; dire ‘Oui’ à la Pentecôte et ‘Non’ au Pentecôtisme, en veillant à enra­ciner la grâce du Renouveau dans le cœur de l’Église.

J’informais Paul VI de ce courant qui se répandait, avec une prodigieuse rapidité, dans les cinq continents, et qui touchait les milieux les plus divers. A l’occasion de l’Année sainte, en 1975, j’avais suggéré aux dirigeants catholiques de ce Renouveau de venir en pèlerinage à Rome, en vue d’attester leur foi et leur fidélité à l’Église.

D’importantes personnalités protestantes furent invitées à s’y associer et se rendirent à Rome pour la fête de Pentecôte, qui prenait ainsi une dimension œcuménique émouvante. Paul VI accueillit avec chaleur les 10.000 pèlerins, venus des pays les plus divers, et, dans son homélie, le Saint-Père qualifia le Renouveau comme ‘une chance pour l’Église  et pour le monde’.

A cette occasion, il me demanda de veil­ler sur l’intégration du Renouveau charismatique au cœur de l’Église , et il me remercia en ces  ter­mes: “Je vous remercie, non pas en mon nom propre, mais au nom du Seigneur pour tout ce que vous avez fait et faites pour le Renouveau charismatique dans le monde et pour tout ce que vous ferez au futur pour intégrer et  maintenir le Renouveau charismatique au cœur de l’Église  dans la fidélité à son enseignement”.

J’ai accepté cette mission, en assumant en­tre autres, la rédaction d’une série de Documents de Malines dont le premier – œuvre collective rédigée par un groupe international hautement qualifié – constitue comme la charte doc­trinale et pasto­rale du Renouveau charismatique catholique.

Il s’agissait de dégager le Renouveau catholique de toute ambiguïté pentecôtiste et de l’immuniser contre la tentation sans cesse renaissante à travers les âges, de réunir les chrétiens par-delà leurs Église s dans une ‘supra Église  du Saint-Esprit’, analysée de près par le cardinal de Lubac dans son livre sur Joachim de Flore. Par ailleurs, peu de temps après, Ralph Martin et Steve Clark – les pionniers américains les plus en vue – vinrent, à mon invitation, avec tout un groupe, séjourner à Bruxelles en vue de poursuivre le dialogue et aider à l’intégration du Renouveau dans l’Église. Contacts féconds qui s’avérèrent très fructueux.

Avec le recul du temps, la parole de Paul VI sur le Renouveau comme ‘une chance pour l’Église ’ reste un souhait très partiellement réalisé, car cette grâce offerte n’a pas été captée au niveau même de l’Église, au cœur de celle-ci.

Interpréter le Renouveau comme un ‘mouvement’ parmi d’autres mouvements, c’est méconnaître sa nature: il s’agit d’une motion de l’Esprit offerte à toute l’Église, destinée à ra­jeunir tous les aspects de la vie de l’Église.

L’âme du Renouveau –‘le baptême dans l’Esprit’– est une grâce de rénovation pentecostale destinée à tous les chrétiens. Il ne s’agit pas d’un ‘Gulf Stream’ qui, ici et là, réchauffe des côtes, mais d’un courant puissant destiné à pénétrer au cœur même du pays.

– .. Que nos théologiens ayant fait eux-mêmes l’expérience de ‘l’effusion de l’Esprit’, l’analysent et la situent!

– .. Que nos pasteurs réfléchissent à ce que représente, comme possibilité de christiani­sa­tion en profondeur, ce ‘baptême’ pour les chrétiens déjà baptisés et confirmés sacra­men­tellement.

– .. Que tous les chrétiens extériorisent leur foi dans une joie qui s’exprime, qui se chante, même en langues – non pas étrangères – mais en toute liberté verbale, en union profonde avec l’Esprit Saint ‘qui prie en nous en gémissements ineffables’ (Rm 8,26).

– .. Que les groupes de prière et communautés de vie s’ouvrent de plus en plus à l’évangélisa­tion au cœur du monde!

 

C’est tout cela que je voudrais dire aux pasteurs de l’Église , en écho au souhait de Paul VI.

Quant à mes amis du Renouveau à tra­vers le monde, je voudrais leur dire que le Renouveau est destiné à l’Église  entière et que leur souci constant doit être que les eaux du fleuve débouchent dans la mer pour être fidèles à la source.

Un chrétien n’est pleinement chrétien que s’il est christianisateur. Le Cénacle est le lieu où les chrétiens se laissent transformer par la prière et l’accueil de l’Esprit Saint, mais c’est aussi le lieu d’où l’on part pour porter le feu de la Pentecôte à nos frères. Les ‘langues de feu’ sont là comme un rap­pel pour nous aider à vaincre not­re silence, nos craintes et notre mutisme: “Je suis venu apporter un feu sur la terre, a dit Jésus, et que puis-je désirer sinon qu’il s’allume”  (Lc 12,49).