Quarante jours …



Quarante jours …

En parcourant la revue trimestrielle « La Vierge des Pauvres » de Banneux Notre-Dame, j’étais très interpelée par un article « Pourquoi le Carême? » de la main de l’abbé Leo Palm, recteur du Sanctuaire de la Vierge des Pauvres à Banneux. L’article ouvre sur la question « Pourquoi faut-il des temps forts comme l’Avent et le Carême? Nous devons être chrétiens toute l’année, non? » Et comment pouvons—nous vivre le Carême en relief avec la toujours plus grande pauvreté dans notre société, l’accueil des réfugiés, le climat et l’environnement …

 

Pourquoi le Carême ?

L’autre jour, quelqu’un me demandait : « Pourquoi faut-il des temps forts comme l’Avent ou le Carême ? Nous devons être chrétiens tout l’année, non ? » La personne a évidemment raison : nous ne devons pas être disciples du Christ à temps partiel ! Nous devons l’être jour et nuit, trois-cent-soixante-cinq jours sur trois-cent-soixante-cinq !

La prière d’ouverture de la messe du mercredi des cendres nous donne une belle réponse à la question. Le Carême est « notre entraînement au combat spirituel ». Dans n’importe quel sport, l’entraînement est essentiel, et les grands sportifs s’imposent une discipline sévère. Avec persévérance, ils s’appliquent à faire un tas d’exercices. Le premier jour du Carême, l’Eglise nous propose d’ailleurs trois exercices à pratiquer tout au long de ces quarante jours afin de nous fortifier.

 

Entrons dans le combat de Dieu

Evidemment, il ne s’agit pas seulement de s’entraîner, nous voudrions aussi arriver à « quelque chose ». J’irais même plus loin : nous voulons gagner. « Gagner le combat spirituel« , comme le dit si bien un livre du père Descouvement, prêtre du diocèse de Cambrai. Car la possibilité de gagner est bien réelle : non pas parce que vous et moi serions tellement bons et géniaux, pas du tout. Mais parce que nous ne sommes pas seuls. Dans le Bréviaire, l’antienne de l’invitatoire du Carême dit avec force : « Les yeux fixés sur Jésus Christ, entrons dans le combat de Dieu. » Cette phrase superbe contient deux bonnes nouvelles : nos yeux doivent être fixés sur Jésus Christ qui est là, au milieu de nous. Ce Jésus est le Ressuscité, le Vainqueur du Mal et de la Mort. Il a lutté et remporté la victoire ; et la deuxième bonne nouvelle : avant d’être notre combat, il s’agit du « combat de Dieu »! Le Seigneur lui-même se bat pour nous et veut nous arracher aux mains de l’Ennemi. Une fois arrachés à l’esprit du Mal, il veut nous remplir de l’Esprit Saint. Ce n’est donc pas par hasard que Jésus ressuscité se tient au milieu des apôtres pour leur insuffler son Esprit de Vie. Les exercices que l’Eglise nous propose doivent nous permettre d’être plus réceptifs à cet Esprit.

Et voici les trois exercices pour notre entraînement au combat spirituel : la prière, le jeûne et l’aumône.

 

La prière

Les grands « champions » de l’amour fraternel ont toujours été des hommes et des femmes de prière. C’est évidemment un aspect de leur vie qui reste souvent dans l’ombre. Peut-être avions-nous même imaginé qu’avec tout ce qu’ils font au service des autres, ils ne peuvent pas trouver le temps de prier. Et bien ! Ce temps, ils le prennent. « Pour moi, dit l’abbé Pierre, tout au long de ma vie, le soutien a été, est, l’Adoration, la prière sous toutes ses formes. Pour lutter contre le mal, l’Adoration est le remède absolu. De même que l’expérience nous le prouve, quand on a la foi, le sacrement de l’eucharistie qui comporte en lui-même le pardon, donne la force qui aide. Avec l’Adoration, ce sont, à condition qu’on en ait le don, les deux points d’appui très forts pour être humain. » (Testament, page 20)

 

Le jeûne

Le mercredi des cendres et le vendredi saint, le jeûne est recommandé par l’Église. Mais tout le Carême s’y prête. Il s’agit là d’un exercice à redécouvrir parmi les chrétiens. Dans notre société, certaines formes de jeûne sont même devenues des phénomènes de mode. Un mois sans boire de boissons alcoolisées. Un mois sans viande. Une bonne initiative pour sensibiliser à certains excès et pour attirer l’attention sur les ravages que nos habitudes de consommation ont sur notre personne, notre société, notre environnement. Pour les chrétiens, le sens profond du jeûne découle d’une parole de Jésus : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » L’être humain ne doit pas seulement nourrir son corps, mais aussi son âme. Je crains qu’il y ait beaucoup d’âmes faméliques dans des corps obèses.

Ceux qui jeûnent pour favoriser le bien-être proposent souvent des « trucs et astuces » pour ne pas ressentir la faim. Ils restent centrés sur eux-mêmes, veulent avoir la ligne idéale et se sentir bien dans leur peau. Le jeûne chrétien n’a pas peur d’expérimenter le sentiment de faim. Ce sentiment permet de sensibiliser à la situation de ceux qui ne mangent jamais ou rarement à leur faim.

 

L’aumône

Le pape François nous a offert une très belle lettre pour le Carême 2018. Il y médite une parole de Jésus : « A la vue de la prolifération du mal, la charité de beaucoup se refroidira. » (Mt 24, 12). Le climat se réchauffe, mais la charité se refroidit, et nous courons le risque terrible d’être insensibles et indifférents à la misère d’autrui.
Toute la discussion autour des réfugiés est très révélatrice : car nous distinguons très strictement entre réfugiés politiques et réfugiés économiques. Celui qui est persécuté par un tyran ou un régime totalitaire, celui qui doit fuir la terreur ou la guerre a des chances de recevoir l’asile. Mais le réfugié qui cherche juste une meilleure vie doit être renvoyé chez lui. Poussé jusqu’au bout, cette logique est choquante, car implicitement nous disons : si tu risques de mourir de la main d’un dictateur, tu es le bienvenu, mais si tu risques de mourir de faim, désolé, reste chez toi et crève ! Nous comprenons bien les oiseaux migrateurs : quand il n’y a plus de nourriture à trouver dans le Nord, ils s’envolent vers le Sud. Rien de plus naturel ! Et les hommes, alors ?

Quand Robert Schuman a prononcé son discours programmatique pour l’unification de l’Europe, il soulignait que la paix entre les nations serait possible si tous avaient accès au bien-être. Et il a fait aussi un appel urgent pour qu’on aide l’Afrique à se développer. Voyant ce qui se passe aujourd’hui, il dirait : c’était tout à fait prévisible. Personne n’a envie de quitter la patrie où il a ses racines s’il peut y vivre dignement et décemment. Mais quand on vit dans la misère, sans perspectives d’avenir ?

 

Et nous?

L’action du Carême nous invite à un partage généreux avec les populations des pays sous-développés. Le pape souligne même qu’un vrai partage ne peut pas se contenter de donner un peu de notre superflu. Il faut qu’il s’agisse réellement d’une privation !

Si nous prenons vraiment à cœur notre entraînement au combat spirituel, si nous pratiquons la prière, le jeûne et l’aumône, alors nous pourrons lutter contre l’esprit du mal et nous laisser envahir davantage par l’Esprit de Dieu. Nous sortirons fortifiés de ce temps de grâce, capables de vivre en témoins fidèles du Christ au cœur de ce monde.

« Accorde-nous, Seigneur, de savoir commencer saintement, par une journée de jeûne, notre entraînement au combat spirituel : que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l’esprit du mal. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. »

© Abbé Leo Palm dans la revue trimestrielle 86° année – N° 1 janvier-février-mars 2019)
« La Vierge des Pauvres » de Banneux Notre-Dame

Pour l’équipe FIAT
Cecile