Pâques – Cardinal Danneels



« Christ est ressuscité. Oui, Il est vraiment ressuscité ». En ce beau jour, la terre entière est remplie de cris de joie, sous  toutes les latitudes, partout où il y des chrétiens.

Mais est-ce encore permis aujourd’hui de nous réjouir ? Le terre est couverte de sang, de violence et de guerres. Notre joie pascale ne risque-t-elle pas de scandaliser nos contemporains. Inutile de citer les lieux sans joie. Les journaux s’en chargent, abondamment. Ne faut-il pas crier vers Dieu comme le psalmiste : « Dieu où restes-tu dans tout cela ? Seigneur pour combien de temps encore ? Réveille-toi ! »

Ne sommes-nous pas comme les disciples. Ce vendredi-saint leur avait enlevé toute joie et tout courage. Eux qui avaient pensé qu’avec ce Messie Jésus, homme de miracles à qui rien ne résistait, ce serait le printemps pour toujours sur la terre, sous un ciel sans nuages. Comme se le disaient les disciples d’Emmaüs le soir de Pâques sur le chemin du retour : « Et nous qui avions espéré …! ». Oui, nous qui avions espéré. Et cela après deux millénaires de foi chétienne?

Et Jésus où peut-il bien être ? Nous ne le voyons plus, nous ne l’entendons plus parler, nous ne pouvons plus le toucher de nos mains, comme le pouvait saint Jean et les disciples sur les routes de Palestine. Jésus, où es-tu ?

A la fraction du pain, les yeux s'ouvrent

Mais les disciples d’Emmaüs en route le soir de Pâques, ne savaient pas que cet étranger, apparemment pas au courant de ce Vendredi-Saint et qui venait à leur rencontre sur le chemin du désespoir, c’était Jésus. Il marchait à leur côtés sans qu’ils ne s’en rendaient compte. Car Jésus avait déjà choisi une autre manière de se rendre présent. Comme Il entra avec eux dans leur maison le soir tombant et se mit à table, Il prit le pain, prononça une action de grâce,  rompit le pain et le distribua aux disciples attablés avec Lui. C’était alors seulement que leurs yeux s’ouvrirent et qu’ils le reconnurent. A la fraction du pain. Maintenant Jésus pouvait disparaître de leur champ visuel. Il devait disparaître car sa présence devait transcender des limites étroites de son corps humain, fatalement situé dans l’espace et dans le temps : Jésus se devait au monde entier la Palestine était vraiment trop petite pour Lui. C’est pourquoi désormais il lie sa présence à des signes, dont le premier est et reste le pain et le vin eucharistiques sur tous les autels du monde. Non, nous ne sommes pas seuls. Il n,e nous laisse pas orphelins : Il est toujours là, mais  sous le voile discret des signes, humblement, sans s’imposer, livré entre nos mains, immolé comme un Agneau et s’exposant à tous les aléas de notre foi souvent vacillante comme une petite flamme dans la bourrasque de notre époque. Oui, Jésus est là.. Non, notre joie pascale ne devrait scandaliser personne, car comme Il l’avait dit à ses disciples, il faut se réjouir quand l’époux est avec nous. Non, nous ne sommes pas seuls. Il marche avec nous, mais comme les disciples d’Emmaüs, nous ne nous en rendons pas compte. Car savons-nous bien lire les signes du pain et du vin ?

Jésus, a-t-il disparu?

Non, Jésus n’a pas disparu : il a simplement changé le mode de sa présence. Il a laissé son corps physique dans la mort et revêtu un corps spirituel, capable d’être présent partout sans limitation de temps ou d’espace. Il a rompu le filet de sa finitude corporelle pour s’échapper comme un oiseau du filet de la mort, cet oiseleur habile, pour s’envoler dans l’espace illimité. Il est présent partout dorénavant, mais sous le voile des signes : du pain et du vin, de l’eau baptismale, de tous les gestes sacramentels et de sa Parole. Et avant tout Il habite notre cœur à tous, par la présence secrète et forte de son Esprit-Saint. Ne disons plus : « Seigneur où es-tu ? Dos-tu ?Pour combien de temps encore ? Réveille-Toi ». Il est là. C’est nous qui sommes plutôt mal voyants et durs d’oreille.  A Lui plutôt de nous dire à nous : « Où êtes-vous ? Dormez-vous ? Pour combien de temps encore ? Réveillez-vous ». En ce beau jour de Pâques donc, réveillons-nous, frères et sœurs : c’est l’aube. Jésus est là venat à notre rencontre sur le lac et sur la berge il y a du pain et des poissons frais dur les braises. Venez dit-Il manger avec Moi et sainte fête de Pâques !

 

Image: Van Eyck