L’expérience de base du Renouveau – Cardinal Suenens



Une sorte de Pentecôte personelle

Disons donc d’abord ce qu’est l’expérience qui est l’âme profonde du Renouveau. Pardelà des images superficielles, il faut comprendre le Renouveau comme une grâce qui réactualise le baptême et la confirmation, comme une sorte de Pentecôte personnelle qui implique conversion, re-reconnaissance de Jésus Christ, ouverture nouvelle à l’Esprit Saint. Aux théologiens de chercher quelle peut en être la meilleure formulation. Le terme de ‘baptême dans l’Esprit’ pourrait faire oublier le baptême sacramentel initial qui nous enracine en Jésus Christ ; celui de ‘Pentecôte personnelle’ ne peut faire oublier que la Pentecôte, fondatrice de l’Église, demeure unique.

Une expérience de conversion

Mais quel que soit le vocabulaire, une expérience de conversion à une vie nouvelle s’est fait jour dans l’Église. Elle traverse les cinq continents comme un souffle de re-christianisation, en profondeur, des chrétiens, comme un vent qui pénètre un brasier recouvert de cendres et le transforme en foyer de chaleur et de vie. “Je suis venu apporter le feu sur la terre, a dit Jésus, et que puis-je désirer sinon qu’il s’allume.”

En réponse à la prière de Jean XIII et de Paul VI, le mystère de la Pentecôte continue, non pas exclusivement, mais très particulièrement dans ce réveil religieux. Ce qui est neuf pour ceux qui l’ont accueilli, c’est que l’Esprit Saint, objet de foi, est devenu pour eux une expérience de vie. La clef est là. Comme l’écrivait le père Sullivan, s.j., professeur de théologie à l’Université grégorienne de Rome : “Les charismatiques ne doutent pas un instant que l’Esprit Saint en personne ne soit donné dans les sacrements de baptême et de confirmation et qu’il est présent en chacun de ceux qui vivent dans la grâce du Christ. Mais, en même temps, ils croient que l’Esprit, bien que déjà là, peut devenir présent en la même personne d’une manière nouvelle et décisive, c’est-à-dire en transformant cette présence, antérieurement crue dans la foi, en une réalité d’expérience vécue. Cette mutation se signale par de nouvelles manifestations de l’action de l’Esprit dans la vie personnelle, par un étonnant surcroît de force pour témoigner du Seigneur, comme aussi par des charismes qui adviennent. Tout en signalant cette expérience ‘pentecostale’ initiale, qui révèle une nouvelle présence de l’Esprit, les charismatiques insistent pour dire qu’il ne faut pas souligner cette phase initiale au détriment de la nouvelle ‘vie dans l’Esprit’, qui s’instaure et qui doit en être la continuité logique. Il faut l’alimenter et la soutenir, si l’on veut que l’expérience initiale porte ses fruits.

Une expérience profonde

À cette analyse – et à ce témoignage –, je voudrais joindre ici quelques lignes d’un historien, Richard Quedebaux, qui, dans son livre, The New Charismatics, situe très exactement la portée de cette expérience : “Lorsque le Christ, écrit-il, promit à ses disciples qu’après son départ il leur enverrait le Saint-Esprit, il prévoyait que sa venue pourvoirait à trois besoins vitaux : – les confirmer dans la foi ; – leur apporter la joie au milieu des souffrances ; – donner à ses disciples assurance, direction, et enseignement. Et cependant, si l’on observe la majorité des chrétiens, il faut bien reconnaître que, s’ils acceptent intellectuellement la promesse du Seigneur au sujet de l’Esprit, ils n’en ont pas fait l’expérience. Dès lors, la promesse n’a pas de signification réelle dans leur vie et la question resurgit : comment savoir que l’Esprit demeure en moi ? Le Renouveau charismatique répond à cette question : le test sera le ‘baptême dans l’Esprit’, c’est-à-dire une puissante expérience qui convainc celui qui en reçoit la grâce que Dieu est réel, qu’il est fidèle à sa promesse et que les ‘signes et les merveilles’ décrits au livre des Actes, peuvent encore se réaliser pour lui, aujourd’hui.

 

Source: L.J. Suenens, L’Esprit Saint, souffle vital de l’Eglise, Tome III, pp.156-159.