Lacher-prise

Lâcher-prise et lâcher-prise chrétien!



Sabine de Villenfagne

Le lâcher-prise, on en parle beaucoup actuellement. C’est un sujet à la mode. Il est prôné par les psychologues qui encouragent leurs patients à prendre distance par rapport à des événements douloureux et à cultiver la pensée positive pour mieux vivre l’instant présent en vue d’un mieux être général. Vaincre le désir de tout contrôler, aller de l’avant. Tout cela est une bonne chose.
Et le lâcher-prise chrétien, que propose-t-il à côté ou plutôt au-delà de cela ?

Jour après jour faire grandir notre confiance en Dieu et se laisser sauver par le Christ.
Le chrétien est également invité à lâcher prise, mais s’il s’agit aussi d’abandonner le contrôle sur les personnes, les événements ou des choses, c’est pour les confier sans réserve et sans condition à Dieu. C’est ardu d’arriver par ses propres forces à tout abandonner en Dieu, mais le disciple du Christ se sait aimé de Dieu ; il sait que le Christ souffrant et ressuscité est à ses côtés pour le conduire vers la Vie, car il est des circonstances où tout, tout remettre dans les mains de Dieu est de l’ordre de l’impossible sans sa grâce.

De grandes figures dans l’Eglise nous montrent la voie.
Veronica O’Brien – fondatrice de l’Association FIAT -, bien connue pour son ardente action dans la Légion de Marie, puis les débuts du Renouveau charismatique, a dû longuement méditer et sans doute lutter elle-même parfois contre l’essoufflement à monter sur ce chemin escarpé vers la sainteté pour réussir à écrire les paroles fortes du poème qu’elle a composé le Vendredi Saint 1940: “Moi, je ne compte pas”.

A ton gré, mon JESUS, laisse tomber le voile,
Montre-moi ta beauté, serre-moi dans tes bras,
Ou du ciel obscurci dérobe chaque étoile:
Moi, je ne compte pas.
Que je sème l’amour ou récolte l’envie,
Et que l’ingratitude accompagne mes pas,
C’est pour Toi seul, JESUS,
que doit couler ma vie!
Moi, je ne compte pas.
Si d’incessants labeurs tu veux que je t’honore,
Ou si je dois languir dans l’impuissance, hélas!
Qu’importe, mon JESUS!
Tu le veux : je t’adore!
Moi, je ne compte pas.

Charles de Foucauld, lui aussi, a dû connaître ce combat intérieur à l’extrême. On peut s’en rendre compte en lisant et priant avec lui cette belle prière d’abandon qu’il a laissée en héritage : “Mon Père, je m’abandonne à Toi”.

Mon Père,

Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.

Les imprévus de dieu Ce livre nous révèle en particulier la collaboration étroite – pendant près d’un demi-siècle  – avec une personnalité hors du commun, Veronica 0’Brien, d’origine irlandaise, qui fut très proche aussi du pape Paul VI et du cardinal Benelli.

Grâce à leur confiance, elle joua un rôle discret – mais décisif – dans l’accueil par Rome du Renouveau charismatique.

L’exemple vécu, à divers plans, de cette complémentarité, dans la différence entre ʺinstitutionʺ et ʺcharismesʺ, pourrait aider à éclairer et nuancer les débats en cours sur la place de la femme dans l’Église – à valoriser ʺplus, mais autrementʺ.