La Toussaint et nos défunts …



Toussaint
1 novembre

Ils sont nombreux les bienheureux
Qui n’ont jamais fait parler d’eux
Et qui n’ont pas laissé d’image
Tous ceux qui ont depuis des âges
Aimé sans cesse et de leur mieux
Autant leurs frères que leur Dieu !

Ceux dont on ne dit pas un mot
Ces bienheureux de l’humble classe
Ceux qui n’ont pas fait de miracle
Ceux qui n’ont jamais eu d’extase
Et qui n’ont laissé d’autre trace
Qu’un coin de terre ou un berceau.

Ils sont nombreux, ces gens de rien
Ces bienheureux du quotidien
Qui n’entreront pas dans l’histoire
Ceux qui ont travaillé sans gloire
Et qui se sont usé les mains
A pétrir, à gagner le pain.

Ils ont leurs noms sur tant de pierres
Et quelquefois dans nos prières
Mais ils sont dans le cœur de Dieu !
Et quand l’un d’eux quitte la terre
Pour gagner la maison du Père
Une étoile naît dans les cieux.

P.Robert Lebel, diocèse d’Arras

 

Méditation

La fête de la Toussaint nous rappelle que nous sommes entourés, et même portés, par des multitudes de témoins du Christ : ceux qui nous ont précédés, depuis les apôtres et la Vierge Marie, jusqu’à ceux d’aujourd‘hui. Nous pouvons nous appuyer sur la foi de ceux qui sont venus avant nous. Et nous sommes invités à transmettre à notre tour le trésor de la confiance en Dieu à la génération qui nous suivra.

Dans le Credo, nous disons : « Je crois à la communion des saints. » Nous sommes dans cette communion et, dans ce sens, la Toussaint est la fête de nous tous.

La communion des saints ne réunit pas d’abord ceux qui ont fait de grands efforts pour mener une vie morale sans reproches. En Dieu, elle unit « les saints de tous les temps qui ont vécu dans son amitié » (prière eucharistique). La sainteté consiste à se tenir près de la source de l’amitié de Dieu. A chacun et à chacune de nous, le Christ dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis. » (Jean 15.15)

Le Christ n’est pas venu seulement pour nous enseigner mais pour nous dire : Dieu est tout proche de toi, et cela pour toujours. Même si notre foi est petite, Dieu ne cesse de nous donner son amitié et de chercher la nôtre.

Frère Roger rappelait que, dans chaque aujourd’hui, il y a une option à prendre entre la médiocrité et la sainteté. C’est à chaque instant que nous pouvons répondre à l’appel de Dieu « soyez saints ! » (Lév. 19.2) Opter pour la sainteté ne signifie pas nécessairement « faire » plus. Le dépassement auquel nous sommes appelés, c’est d’aimer davantage. Et comme l’amour a besoin de tout notre être pour s’exprimer, à nous de chercher, sans attendre une minute, comment être plus attentifs à notre prochain.

Il y a tant de sainteté cachée, vécue silencieusement ! Et combien d’hommes et de femmes n’en sont pas conscients ! Même sans le savoir, ils ont déjà pris place dans cette grande nuée de témoins qui, depuis Abraham et Marie, ont cru que « rien n’est impossible à Dieu ». (Luc 1.37)

F. Alois de Taizé

 

 

 

 

 

 

 Nos défunts…
2 novembre

Le Seigneur est mon berger :
 je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour
moi devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
 tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
 pour la durée de mes jours.

Psaume 22

 

Méditation

Aujourd’hui est un jour de mémoire du passé, un jour pour rappeler ceux qui ont marché avant nous, qui nous ont accompagnés aussi, qui nous ont donné la vie. Rappeler, faire mémoire. La mémoire est ce qui rend un peuple fort, parce qu’il se sent enraciné dans un chemin, enraciné dans une histoire, enraciné dans un peuple. La mémoire nous fait comprendre que nous ne sommes pas seuls, nous sommes un peuple: un peuple qui a une histoire, qui a un passé, qui a une vie. Mémoire de nombreuses personnes qui ont partagé avec nous un chemin, et qui sont ici [le Pape indique les tombes qui l’entourent]. Il n’est pas facile de faire mémoire. Très souvent, nous avons des difficultés à revenir en arrière par la pensée à ce qui est arrivé dans notre vie, dans notre famille, dans notre peuple… Mais aujourd’hui est un jour de mémoire, la mémoire qui nous conduit aux racines: à mes racines, aux racines de mon peuple.

 

Et aujourd’hui est également un jour d’espérance: la deuxième Lecture nous a fait voir ce qui nous attend. Un ciel nouveau, une terre nouvelle et la ville sainte de Jérusalem, nouvelle. L’image qu’elle utilise pour nous faire comprendre ce qui nous attend est belle: «Je l’ai vue qui descendait du ciel, de chez Dieu; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux» (cf. Ap 21, 2). La beauté nous attend… Mémoire et espérance, espérance de nous rencontrer, espérance d’arriver là où il y a l’Amour qui nous a créés, où il y a l’Amour qui nous attend: l’amour du Père.

 

Et entre la mémoire et l’espérance, il y a la troisième dimension, celle du chemin que nous devons accomplir et que nous accomplissons. Et comment accomplir ce chemin sans se tromper? Quelles sont les lumières qui m’aideront à ne pas me tromper de chemin? Quel est le «navigateur» que Dieu lui-même nous a donné, pour ne pas nous tromper de chemin? Ce sont les Béatitudes que, dans l’Evangile, Jésus nous a enseignées. Ces Béatitudes — la douceur, la pauvreté d’esprit, la justice, la miséricorde, la pureté de cœur — sont les lumières qui nous accompagnent pour ne pas nous tromper de chemin: voilà notre présent.

 

Demandons aujourd’hui au Seigneur de nous donner la grâce de ne jamais perdre la mémoire, ne jamais cacher la mémoire — mémoire de personne, mémoire de famille, mémoire de peuple —; et qu’il nous donne la grâce de l’espérance, parce que l’espérance est un don qui vient de lui: savoir espérer, regarder l’horizon, ne pas rester fermés devant un mur. Regarder toujours l’horizon et l’espérance. Et qu’il nous donne la grâce de comprendre quelles sont les lumières qui nous accompagneront sur le chemin pour ne pas nous tromper, et arriver ainsi là où l’on nous attend avec tant d’amour.

Pape François
Homélie du vendredi 2 novembre 2018
© Libreria Editrice Vaticana