La prière de la flute

La prière de la flûte



Sœur Anne Lécu, Dominicaine

La flûte annonce la joie ou le deuil, elle accompagne la vie des hommes, leurs danses et leurs chants. Proche de la voix, cet instrument donne le “la”, la note juste, comme l’est le Fils de Dieu pour le monde.

La flûte est présente dans l’Antiquité la plus ancienne. Il suffit d’un roseau, percé de quelques trous judicieusement placés, pour produire un son pur qui participe à la vie des gens. C’est avant tout un instrument de joie qui accompagne les danses. On en joue non seulement pour les fêtes, mais aussi pour soutenir les larmes des personnes endeuillées. Job se plaint d’ailleurs dans sa misère de ne pouvoir rendre avec sa flûte que des sons plaintifs, qui ressemblent à la voix des pleureurs (Jb 30,31). Il faut du souffle et sans doute en manque-t-il.

Lorsque Jésus est appelé au chevet d’une jeune fille morte, il renvoie les joueurs de flûte qui attendent, en leur précisant ʺelle n’est pas morte, elle dortʺ (Mt 9,23-24).
Contrairement à d’autres instruments tels que les cordes, la flûte ne peut donner qu’une note à la fois. Aussi le joueur doit-il produire un son pur et juste. Les bons amateurs de musique savent reconnaître le musicien à la tonalité, à la ʺmatièreʺ, à la ʺtextureʺ de la note jouée. Le plus souvent, la flûte assure ce que les médiévaux appelleront plus tard le cantus firmus, la ligne musicale qui sert de base à la polyphonie ou à l’orchestre. Car le plus souvent, c’est dans l’orchestre qu’elle trouve sa juste place, unique en son genre, au milieu des autres. Indissociable du souffle, la flûte est une forme de voix. Elle annonce les événements de la vie des hommes. Petite voix discrète mais claire, elle donne en quelque sorte le “la”.

Nous connaissons tous autour de nous des personnes dont la vie ressemble au chant de la flûte. Discrets et fermes, autour d’eux les choses s’arrangent, s’apaisent et chacun trouve sa place. Il ne leur est pas utile, nous rappellera Paul, de dire des choses extraordinaires ou de parler en langues, ils sont clairs, ajustés, comme la note juste de la flûte.

[…]© Prions en Eglise, N° 396, décembre 2019, pp. 283-284.

La Pentecôte, événement fondateur de l’Église, demeure unique, mais nous avons à revivre à notre niveau une expérience similaire, un accueil et une ouverture à l’Esprit Saint qui marque notre existence chrétienne”.

(Mgr Paul Lanneau)