Jeudi saint – Cardinal Danneels



C’est l’heure de Jésus : l’heure de son Amour, de son Corps et de son Sang, de son sacrifice, de la trahison : l’heure de la messe. Car la Cène, c’est bien ici  et les disciples autour de la table, c’est nous réunis ce soir en cette cathédrale autour de la table de la Cène, Jésus au milieu. Rien de ce que nous lisons dans les évangiles n’appartient au passé. Car l’aujourd’hui de Dieu est éternel.

Oui, c’est nous : Pierre et Jean, Jude et Thomas, Philippe et Judas. Ils sont ici ce soir : c’est chacun et chacune de nous. Regardons.

Pierre

Pierre n’est-ce pas nous ? Pierre ne voulait pas se laisser faire : « Non, s ‘écia-t-il,  me laver les pieds à moi ? Jamais »(Jn 13,8). Et Jésus de répondre : « Pierre, tu ne comprends pas maintenant, tu comprendras plus tard ». Et nous ? Nous comprenons si peu et si tard. Ne fût-ce que ceci p.ex.. : qu’être disciple de Jésus, c’est se laisser faire par Lui, se laisser aimer plus que l’aimer, renoncer à cette illusion que ce soit nous qui l’aimons. Non c’est Lui qui nous aime dit Saint Jean, le premier (cfr 1 Jn 4,10). Comme Pierre nous disons si souvent au Christ : ‘Seigneur comme Tu as de la chance de m’avoir !’. Et de là à surestimer nos forces, il n’y a qu’un pas : « Seigneur je suis prêt à mourir pour Toi » (Jn 13,37). Mais Jésus répond : « Tu es prêt à donner ta vie pour moi. En vérité, en vérité je te dis, trois fois tu m’auras renié avant que le coq ne se mette à chanter » (Jn 13,38). Oui, Pierre c’est nous. C’est nous qui comme Pierre le renions aisément, lorsque devant le tribunal du monde nous répondons : « Je ne connais pas cet homme ». « Moi chrétien ? N’insistez pas, c’est là ma vie privée ! ». Pierre c’est nous.

Jean

Mais nous sommes aussi Jean, penché sur la poitrine de Jésus à qui le Maîtres confie son secret. Oui c’est nous qui sommes autorisés l’interroger sur les mystères cachés au fond de son cœur. Car chacun de nous est Jean, le disciple bien-aimés. Le Christ nous a confié ses mystères. Nous Le connaissons par le cœur, plus que par la raison. Nous l’aimons au-delà du raisonnable. Et à peine savons-nous expliquer pourquoi. Oui, nous sommes  Jean au moins autant que Pierre.

Thomas

Voici un autre convive : c’est Thomas. Il dit : « Seigneur, tu nous demandes de te suivre, mais ne savons même pas où tu vas. Comment connaîtrions- nous le chemin ? »(Jn 14,5). Et Jésus répond : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Personne ne vient au Père  si ce n’est par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi le Père. Dès aujourd’hui vous le connaissez et vous l’avez vu » (Jn 14,6s). Thomas c’est nous. Nous voulons suivre Jésus, mais trop souvent nous, une fois arrivés jusqu’à Lui, nous en restons là, nous nous arrêtons. Comme si Jésus était le terminus du voyage ? Jésus nous suffit. Mais Jésus n’est pas le but final du voyage. Il n’est que le chemin, dit-Il : il faut que nous allions plus loin, jusque dans les bras du Père. Nous nous arrêtons trop vite : Jésus oui ! Mais le Père ? De quoi parles-tu ? Mon Jésus ! Et c’est tout. Jésus à notre époque est sur toutes les lèvres. Mais le Père ?

Oui, chacun de ces disciples autour de la table de la dernière Cène, c’est nous. Mais cessons de regarder dans ce miroir, pour fixer notre regard sur Jésus et sur Lui seul. Regardons-le. « Nous avons un grand prêtre dit l’épître aux Hébreux,  qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la confession de la foi. Nous n’avons pas en effet un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses : il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance mais sans pécher. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être aidés en temps voulu » (He 4,16ss.).

 

Image: Martin Schongauer