Jesus Christ communiqué par l'Esprit Saint

Jésus Christ, communiqué par l’Esprit Saint



+L.J. Cardinal Suenens

“Dieu n’a pas d’autre voix, d’autre mains,
d’autres pieds que les vôtres pour porter
l’Évangile à travers le monde.”

Frank Duff

L’appel à une nouvelle évangélisation du monde concerne chaque chrétien en vertu non d’un mandat surajouté mais en raison même de son caractère de baptisé. Le Concile l’a rappelé fortement. Il n’y a pas de chrétiens ‘exempts’ du devoir de témoigner de sa foi: les modalités varieront dans le concret des circonstances de vie, mais le devoir fondamental nous concerne tous.

Il faut avouer loyalement que l’ensemble des chrétiens, même pratiquants, n’a pas encore compris que tout chrétien doit être christianisateur, que tout évangélisé a mission d’être évangélisateur.

L’Eglise est encore loin d’être ‘en état de mission’ et il faut débloquer encore la route encombrée de pseudo-raisons qui tentent de réduire le chrétien au silence, à la neutralité. Il nous faut courageusement dénoncer la tentation sournoise de mutisme et exorciser en nous le démon muet et les pseudo-raisons.

Les deux devoirs d’état

Il n’est pas rare que l’appel à l’apostolat se heurte à une fin de non-recevoir, au nom du devoir d’état qui absorbe, dit-on, toute l’énergie et le temps disponible. Ce refus rappelle une scène de l’Evangile où les invités au banquet nuptial se récusèrent au nom de leurs occupations trop absorbantes et prioritaires: J’ai acheté une terre, et il faut que j’aille la voir ― j’ai acheté cinq paires de bœufs et je vais les essayer ― je viens de me marier et mon temps est pris.

Sans doute, le devoir de l’apostolat, inhérent à notre vie chrétienne n’implique pas nécessairement la participation à tel ou tel mouvement déterminé. Il y a place pour les modalités les plus diverses, mais ce fait ne peut pas éliminer la mise en œuvre de notre premier devoir d’état: celui de baptisé. Il y a un devoir d’état humain et un devoir d’état chrétien, à harmoniser. Nous avons d’ailleurs plusieurs devoirs d’état à remplir simultanément dans la vie journalière: devoir d’état familial, professionnel, civique. Pour le chrétien conscient de son baptême, son état de baptisé met à l’avant plan son principal devoir d’état qui est d’aimer et de servir Dieu de toutes ses forces et d’aimer les autres comme lui-même. Cela va loin et impose des options et des sacrifices: il y a un certain prix à payer si j’accepte de réserver certaines heures au service gratuit du prochain sous ses diverses formes. Et gratuité implique renoncement à l’argent ou à son confort propre …

Les deux pauvretés

Sans doute, le devoir de l’apostolat, inhérent à notre vie chrétienne n’implique pas nécessairement la participation à tel ou tel mouvement déterminé. Il y a place pour les modalités les plus diverses, mais ce fait ne peut pas éliminer la mise en œuvre de notre premier devoir d’état: celui de baptisé. Il y a un devoir d’état humain et un devoir d’état chrétien, à harmoniser. Nous avons d’ailleurs plusieurs devoirs d’état à remplir simultanément dans la vie journalière: devoir d’état familial, professionnel, civique. Pour le chrétien conscient de son baptême, son état de baptisé met à l’avant plan son principal devoir d’état qui est d’aimer et de servir Dieu de toutes ses forces et d’aimer les autres comme lui-même. Cela va loin et impose des options et des sacrifices: il y a un certain prix à payer si j’accepte de réserver certaines heures au service gratuit du prochain sous ses diverses formes. Et gratuité implique renoncement à l’argent ou à son confort propre …

Tout comme il y a deux devoirs d’état, le naturel et le surnaturel, il y a aussi deux formes de pauvretés  à secourir. Il y a la pauvreté humaine sous tous les aspects de la détresse à secourir (famine, fléau, catastrophe, etc) Cette pauvreté-là émeut plus facilement parce que plus visible et tangible que la seconde pauvreté. Celle qui rend les hommes si profondément malheureux, même s’ils débordent de richesses matérielles, c’est la détresse spirituelle, en particulier la solitude ou le désarroi des jeunes qui cherchent dans la drogue ou la licence sexuelle des pseudo-raisons de vivre. Lorsque nous parlons d’être témoins du Christ, c’est un vaste champ qui s’ouvre et qui nous interpelle.

Les deux témoignages

Enfin, il y a lieu de distinguer deux sortes de témoignages: le témoignage impersonnel et le témoignage personnel, les deux d’ailleurs s’imbriquent.

Le témoignage des catéchistes, des professeurs de religion, des prédicateurs, est impersonnel en ce sens que l’objectif premier est l’instruction et la formation religieuse, mais le ‘maître’ sera d’autant plus persuasif qu’il sera aussi ‘témoin’.

Tout le monde n’est pas appelé à cette mission d’évangéliste, mais tout le monde est appelé à être témoin personnel, à dire ‘l’espérance qui est en lui’, comme le demandait Saint Pierre. Et cela jaillit de la vie elle-même, du souci d’être ‘partout et toujours’ dans les petites ou dans les grandes circonstances révélateur de l’Evangile vécu au quotidien.

Le chrétien d’aujourd’hui est invité, par toute l’ambiance du monde, à ne pas jouer au trouble – fête, à épouser les mœurs de son temps, à se montrer compréhensif et respectueux de toutes les opinions, à s’aligner sur le vécu des autres sans  appeler à un critère objectif de vérité. Et surtout à ne jamais prononcer le mot ‘péché’, ce qui serait d’une suprême inconvenance. En pareille atmosphère, comment exprimer et confesser sa foi? La tentation insidieuse qui s’efforce de réduire le chrétien au silence s’appuie, par surcroît, sur quelques arguments spéciaux.

Le Chrétien © Le chrétien au seuil des temps nouveaux,
Éditions de l’Ass. FIAT, Ertvelde, 1997, pp. 121-125.