Je te prends par la main



Dans leur brochure « Je te prends par la main » sur l’accompagnement pastoral en fin de vie, les évêques belges nous invitent à abandonner personne …
A partir de l’Evangile, les évêques offrent des orientations à toute personne proche des malades et des aînés, et en particulier aux engagés dans la pastorale qui sont appelés à  accompagner les personnes vers la fin de leur vie ici sur terre. C’est un accompagnement qui est présence attentive et empathique.

Les évêques disent « non » à l’euthanasie mais estiment que là aussi, pastoralement il nous faut rester proches de toute personne concernée.

 

Nos mains seront unies, même à l’approche de la mort

L’agonie et la mort ne laissent personne indifférent. La mort marque une transition profonde de notre existence humaine. La Bible nous dit que Dieu insufflant dans ses narines le souffle de vie, l’homme devint un être vivant’ (Gn 2,7). Mais un jour, poussière, il retourne à la terre et le souffle de vie à Dieu (cf. Qo 12,7). Notre vie humaine est un mélange d’amour et de souffrance. Elle est fragile et finie ; nous essayons d’en gérer la souffrance et d’en reculer les frontières.

 

La valeur fondamentale de la vie humaine

Le sens et les implications d’une mort digne sont compris très diversement dans notre société. Pour les partisans de l’euthanasie, une mort digne implique que l’on puisse décider de mettre fin à sa vie avec une aide médicale quand la souffrance devient insupportable. La loi belge de 2002 définit l’euthanasie comme ‘l’acte, pratiqué par un tiers, qui met intentionnellement fin à la vie d’une personne à la demande de celle-ci’, sous certaines conditions et selon une procédure bien établie. Cette loi a suscité nombre de questions et de défis, en particulier auprès des soignants, des médecins, des personnes âgées ou en grande souffrance, de leurs familles, de leurs proches et de leurs 7 amis. Tout en respectant les lois votées par un État de droit, nous estimons de notre droit et de notre devoir d’exprimer librement, dans une société pluraliste et démocratique, notre opinion de chrétien et notre voix critique sur les questions existentielles de la vie et de la mort. À plusieurs reprises, nous avons clarifié publiquement notre position sur l’euthanasie et la législation en constante évolution à ce sujet1. ‘Tu ne tueras pas’ reste un commandement d’importance vitale pour nous. C’est d’ailleurs le cas pour toutes les grandes traditions religieuses. Nous défendons la valeur fondamentale de toute vie humaine, et en particulier la plus fragile.

 

Accompagner au nom du Dieu de l’Alliance

L’ adieu à la vie comporte de nombreuses facettes : lâcher prise, effectuer le bilan de sa vie, avoir besoin de réconciliation et de réconfort. Une pastorale d’inspiration chrétienne peut être un soutien car elle permet de rencontrer peu à peu les grandes questions existentielles, de jeter un regard rétrospectif sur la vie, de laisser résonner les expériences de sens et de non-sens. Elle offre aussi des sources d’espérance, des relations porteuses. Elle peut répondre à la soif de Dieu. L’aumônier dans le respect des questions du mourant, s’efforcera de susciter des liens avec d’autres et avec Dieu. Il est parfois difficile de rectifier ou d’ajuster chez le mourant ou ses proches, une image faussée ou oppressante de Dieu. Il est surtout important que les actes et les paroles de l’aumônier donnent à la personne qui souffre une image d’un Dieu qui se fait proche, qui est un allié dans nos fragilité, même s’Il est aussi mystère insondable. Les rites gardent ici toute leur importance. Ils aident à exprimer l’inexprimable et canalisent les sentiments dans des moments cruciaux de l’existence. Souvent, à l’approche de la mort, les gens veulent ‘quelque chose’, quelque chose de religieux, même s’ils n’ont pas de vue précise sur ce qu’ils demandent. L’aumônier essayera de respecter cette demande, sans perdre sa spécificité propre. C’est tout un art. Les agents pastoraux ont élaboré une large gamme de bénédictions des malades et des mourants, de prières et de bénédictions d’adieu. Nombre de croyants – surtout leurs familles – attendent la proximité de la mort pour demander le sacrement des malades. Ceci n’est pas approprié car la signification de ce sacrement est différente. Le Concile Vatican II a précisé son sens théologique véritable et sa spécificité. Ce sacrement n’est pas tant destiné aux moments ultimes précédant la 9 mort, qu’aux personnes gravement malades, ou fortement affaiblies par l’âge. C’est en ce sens qu’on le nomme : sacrement des malades et non extrême-onction. Il ne doit donc pas être administré juste avant la mort mais de préférence au début ou au tournant d’une maladie grave. Quand c’est possible, le ‘viatique’ peut être donné au mourant : c’est le pain eucharistique pour la route, pour le dernier voyage vers Dieu. En tout cela, l’écoute et la présence empathique de l’aumônier est et reste la base de l’accompagnement pastoral. Sans rien dire, il incarne de façon parlante l’attention et la compassion de Dieu pour la personne souffrante et mourante. Cette présence dans la durée, malgré l’impuissance ressentie, n’est certes pas évidente. Surtout quand les personnes disent explicitement aspirer à la mort …

 

Entendre la vraie demande derrière la question

Entendre la vraie demande derrière la question a son importance dans toute communication humaine. Et tout autant dans la relation pastorale. Solliciter l’euthanasie est de plus en plus considéré comme une évidence dans notre société. Mais quels sont les motifs et la demande réelle en arrière-fond ? Les professionnels de la santé et les médecins en connaissent par expérience la diversité. En général, outre la peur de la douleur et de la dégradation physique, interviennent des facteurs psychosociaux, spirituels et existentiels. Il importe d’être attentif aux véritables préoccupations de la personne. La demande d’euthanasie cache souvent celle d’en finir avec une souffrance devenue insupportable. Il est difficile d’évaluer quand et pourquoi cette souffrance devient à un certain moment intolérable. Actuellement, envisager l’euthanasie semble être pour certains une manière d’évoquer et d’attirer l’attention sur la gravité de leurs souffrances et de leurs questions existentielles. Il importe donc de bien différencier le fait de parler d’euthanasie, celui de la demander et enfin celui de passer à l’acte. De nombreuses personnes ne franchissent pas ce pas décisif.

© Les évêques de Belgique, Je te prends par la main. Accompagnement pastoral en fin de vie, Bruxelles, Licap, 2019.

 

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E-mail : commandes@halex.be. Coût : 3,75 euros (plus 2 euros frais de transport).