Esprit Saint, lieu de convergence spirituelle – Cardinal Suenens



« Pour que tous ils soient un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, pour que, eux aussi, ils soient un en nous, afin que le monde croie que vous m’avez envoyé » (St. Jean 17, 21)

Dès le point de départ de tout dialogue œcuménique, il nous faut être conscient qu’un tel dialogue n’est pas de type humain ; il ne s’engage pas entre personnes de bonne volonté à la recherche d’un honorable compromis diplomatique.  Un impératif le domine : la volonté de Dieu, dans sa propre vie trinitaire.

On ne le dira jamais assez : l’unité est un don de Dieu, une grâce à implorer ensemble du Seigneur.  Au seuil de tout effort œcuménique, il faut rappeler le mot du cardinal Bea :

« La porte de l’unité ne sera franchie qu’à genoux. »

Il faut prier ensemble. C’est un premier pas encore bien timide et trop sporadique.  C’est un progrès, mais il nous manque un souffle d’impatience surnaturelle ; nous nous retranchons trop aisément derrière la patience de Dieu, en oubliant que Dieu ‘désire plus que nous manger la pâque avec nous’ (cf. Lc 22,15), la pâque de l’unité.

url

Or, seul l’Esprit peut prier en nous valablement, à la profondeur voulue, et nous faire prononcer le nom de Jésus, comme il convient pour des chrétiens, c’est-à-dire en union fraternelle.

Il revient à l’Esprit de nous unir dans la reconnaissance de Jésus comme Seigneur.  Il est au cœur même de nos échanges de vues.  Car tout dialogue œcuménique n’est pas d’abord un dialogue inter- église s, entre Rome et Cantorbery, Rome et Moscou, Rome et Genève, mais bien un dialogue spirituel intérieur entre Rome, Cantorbery, Moscou, Genève et notre Maître commun à tous : Jésus Christ et son évangile.

Dans la mesure où l’Esprit nous fera découvrir le vrai visage du Seigneur, il n’y aura plus d’ombre sur nos propres visages :

« Ensemble, approchez du Seigneur, resplendissez de sa lumière, et, sur votre visage, il n’y aura plus d’ombre. »  (Ps 33,6)

Nous unissant à lui, nous communions les uns aux autres ; c’est le chemin court vers l’unité.

pope patriarch

Pour intensifier le courant de prière, les groupes de prière spontanée – charismatique ou non – offrent de larges et fréquentes possibilités de communion spirituelle, en attendant l’heure tant désirée de l’intercommunion.  Cette prière commune, alimentée par la parole de Dieu, est une source inépuisable où les chrétiens de toutes confessions peuvent venir se désaltérer ensemble, dans le respect et l’amour mutuels.

Il ne faudrait pas qu’une charité mal comprise estompe indûment les divergences doctrinales non résolues encore ; chacun doit conserver son identité propre, tout en respectant celle des autres. Les catholiques n’ont pas à mettre en veilleuse, en ces occasions, ni leur Credo ni leur piété mariale ; l’Esprit lui-même saura créer une prière symphonique, à condition que chaque instrument rende le son qui est le sien.

Source: L.J. Cardinal Suenens, « L’Esprit saint, souffle vital de l’Eglise » (I), Oppem-Meise, Association FIAT, 2001, p.185-188.
Photos: Association FIAT, Radio Vaticana