Dites de bonnes paroles



Les bonnes paroles sont la musique céleste de ce monde. Elles ont un pouvoir qui semble dépasser la nature. C’est comme la voix d’un ange qui se serait fourvoyé sur notre terre, et dont les accents immortels blesseraient suavement les cœurs, et déposeraient en nous quelque chose de la nature des anges.

De bonnes paroles peuvent remettre les affaires les plus embrouillées. En réalité, un cœur inaccessible au pardon est un monstre assez rare. Presque tout le monde se lasse des querelles, même les plus justes. Celles mêmes où tous les torts sont d’un côté, et qui sont les plus difficiles à raccommoder, cèdent avec le temps à des paroles conciliantes.

Toute querelle a probablement sa source dans un malentendu, et ne subsiste que par la silence qui perpétue la mésintelligence. Lorsqu’un malentendu a vécu plus d’un mois, on peut en général le regarder comme inguérissable par des explications qui ne font dans ce cas que multiplier les malentendus. Alors de bonnes paroles, dont on ne verra les fruits qu’à force de persévérance, sont notre espérance unique, mais certaine. Elles n’expliqueront rien, mais elles feront mieux ; elles rendront l’explication inutile, et par là éviteront de rouvrir de vieilles plaies. Dans les circonstances que nous venons de citer, les bonnes paroles ont une vertu médicinale. Mais elles ont aussi leur vertu productive. Entre autres, elles donnent du bonheur.

 

Frederick William Faber

© Magnificat N° 319 – juin 2019
Frederick William Faber (†1863) est un poète et théologien britannique.
Converti au catholicisme il rejoignit le cardinal Newman dans la congrégation de l’Oratoire.