Aimer Dieu de tout son cœur

Aimer Dieu de tout son cœur et s’aimer soi-même ne font qu’un …



Père MICHEL COLLIN s.j.

Quand Dieu te dit par la bouche de son Fils : ʺTu aimeras le Seigneur ton Dieuʺ, il n’attend pas de toi le don de quelque chose, comme s’il t’avait aimé pour que tu l’aimes, mais il t’invite à recevoir ses propres dons en lui ouvrant ton cœur.

Recevoir, et non pas faire, te laisser aimer sans raison par ton Père du ciel : n’est-ce pas le renversement même que Jésus a commandé à Pierre le soir de la Cène, lorsqu’il lui a dit : ʺSi je ne te lave pas (les pieds), tu n’as pas de part avec moiʺ (Jn 13,8) ? Dès que tu acceptes cette parole, tout se met à changer en toi.

S’ouvrir à Dieu, c’est ouvrir à l’Amour

Alors tu ne t’interdis plus le bonheur en prétextant qu’il se mérite par la souffrance, tu ne fermes plus tes yeux à la beauté des fleurs, ni tes oreilles à la douceur d’une voix, mais tu goûtes tout ce qui t’arrive dans le moment présent comme le présent d’un Père qui veille sur toi.

Alors tu ne cherches plus de réserves comme si demain devait être mauvais, tu ne te méfies plus du plaisir comme s’il devait se payer plus tard, mais tu vis dans la jubilation d’un cœur dépouillé de ses idoles et se plaisant au don qui est toujours promesse de dons inconnus et plus hauts.

Alors, recevant tout comme le signe d’un amour qui saura trouver d’autres signes, et de plus beaux, pour se dire, te tenant devant tout comme l’épouse devant la bague offerte par son époux, tu apprends que toutes choses peuvent avoir le goût de Dieu, devenir sans cesse les preuves de sa présence.

Alors, aimant Dieu, ton Père plus que tout, tu aimes toutes choses en lui ; inversement, te réjouissant de toutes choses en lui, tu t’enchantes de lui plus que de ses cadeaux. Et ceci veut dire : aimer Dieu de tout son cœur et s’aimer soi-même ne font qu’un.

Tu aimeras ton prochain comme toi-même

S’aimer soi-même : combien de fois as-tu entendu répéter que c’était ʺégoïsmeʺ ? Pourtant, s’aimer soi-même comme don d’un Dieu se donnant lui-même, comme lieu à ouvrir de plus en plus, comme donataire pour qui le Père n’a pas épargné son propre Fils (Rm 8, 32), n’est-ce pas ce que requiert l’autre face du commandement de la charité : ʺTu aimeras ton prochain comme toi-mêmeʺ ? Il est écrit : ʺcomme toi mêmeʺ, ʺcomme tu t’aimesʺ. Le mauvais riche qui ne remarque pas le pauvre Lazare parce qu’il est emmuré dans son abondance est-il quelqu’un qui s’aime ? Le pêché, a répété Georges Bernanos, est de ne pas s’aimer. Et si quelqu’un se hait par honte ou par ressentiment, comment pourrait-il aimer son proche, lui donner une paix qu’il n’a pas, lui rendre un sourire qui ne monte pas sur ses lèvres, se mettre librement à son service ?

Aimer, c’est devenir libre

Il y a même un ʺégoïsmeʺ encore plus caché, cette haine de soi qui consiste à vouloir toujours donner, sans accepter de recevoir, d’être en dette vis-à-vis d’autrui.
Si ton commerce avec lui est toujours à sens unique comment le laisseras-tu être ce qu’il est : un autre, un semblable ? Aimer son prochain comme soi-même est donc comme une conversation où chacun, tour à tour, parle et se tait, écoute et partage, comme un échange où personne n’est supérieur s’il donne – quoiqu’il y ait plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Ac 20, 35) – ni n’est inférieur s’il reçoit, puisqu’un don inférieur n’enchaîne pas. Et peut-être en est-il ainsi avec ton Père du ciel ? Peut-être le second commandement offre-t-il ainsi une nouvelle profondeur au premier ?

Michel Corbin, jésuite, est professeur honoraire à l’Institut catholique de Paris et professeur invité au Centre Sèvres.

© Magnificat, édition mars 2020, pp. 292-293; 377-378.

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